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vendredi 15 octobre 2010

Soulever une pierre, se tâcher de poussière

Sur un chemin que j'emprunte souvent, j'avais déposé une pierre. Je pensais l'oublier. Juste, je l'avais poser.

Et puis je l'ai oublié. Elle faisait partie du chemin. Je ne la regardais plus. C'était ainsi.

Avec le temps, elle n'était plus à la même place. Les souffles du vent, de la pluie mais aussi les passages nombreux des rencontres l'avait déportée dans l'herbe, hors du chemin.

Un matin, j'ai remarqué son absence. Ça faisait longtemps qu'elle n'était plus là mais je ne sais pas pour quelle raison, ce matin, ça avait de l'importance. Je l'ai cherché pendant des jours. Et finalement, un jour, je l'ai retrouvé. Je n'ai pas voulu la toucher tout de suite. J'ai voulu réfléchir à ce que je faisais.
Ce n'était qu'une pierre après tout. Mais je me demandais pourquoi je l'avais laissé là, pourquoi je l'avais laissé à ma vue, comme pour la surveiller. Je me demandais pourquoi j'avais tout de même essayé de l'oublier et pourquoi je l'avais oublié.

Après plusieurs jours de réflexion, je me suis dit que je n'avais rien à craindre de cette pierre. Mais c'est en la soulevant que je me suis tâché avec la terre, la boue et la poussière qu'elle avait abritées depuis tout ce temps.


Ce que j'essayais d'oublier c'est qu'elle était abîmée en dessous. Je l'avais posé il y a fort longtemps de manière à ne voir que les jolies perspectives de ses formes et de ses couleurs. J'avais oublié qu'en-dessous, elle était tâchée elle aussi, qu'elle était brisée. J'avais oublié qu'elle m'avait blessé et qu'elle portait encore mon sang. J'avais oublié que même lorsqu'on laisse quelque chose de sale sur le côté, ce n'est pas comme ça qu'on peut espérer qu'elle se lave de tout.


L'eau coule sous les ponts mais la vase s'accumule, les herbes poussent et effacent ce qui existaient avant.

vendredi 8 octobre 2010

Chercher les emmerdes

Ca devait arriver. Je m'ennuie.

Dans tous les contes, quand quelqu'un a l'habitude de vivre de passionnantes aventures à chaque branche de forêt, il se trouve logique qu'après quelques temps de répit, il s'ennuie. Il a besoin d'action.
Dans mon cas, c'est pareil.

J'ai beau fouillé dans mon coffre, je n'ai rien trouvé à finir, rien à commencer, rien. J'avais bien un truc sur le feu. Une vague histoire de jus d'orange qui pique, de mystère et de stratégie mais je sais aussi que quand j'aurai rouvert cette boîte, celle-ci va vite me lasser et j'aurai de nouveau envie de la refermer pour la plaquer sous mon lit.
Et puis, on ne peut pas jouer éternellement avec les mêmes jouets, il faut savoir en changer. En trouver de nouveau. Mais j'avoue, je n'ai pas envie de faire la démarche. Je m'ennuie mais je n'ai pas envie de me compliquer la vie.

Pour me dissuader, je réfléchis aux conséquences. Alors je pense à ce nom étrange, à ces dents qui menacent de me mordre quand je ferme les yeux, à certaines nuits, aux sacs de sable,...
Et c'est en énumérant tout ça, en ressassant ça dans ma tête que j'ai tout doucement perdu de vue l'objectif premier de cette liste : me convaincre d'abandonner.
Il le fallait pourtant. De l'eau était passée sous les ponts, tout le monde avait oublié les vieilles rancunes, oubliant parfois jusqu'à l'existence de l'autre. On avait tourné la page. Alors pourquoi une réapparition soudaine donnerait lieu à des retrouvailles en grandes pompes, à de joyeux souvenirs et surtout, effacerait tous les effets secondaires d'une alchimie aussi destructrice et surtout inutile ?

J'en sais rien.

Je vais attendre le prochain cadavre devant ma porte et voir s'il m'inspire plus que les vieux os qu'il y a sous mon lit.

vendredi 11 décembre 2009

Brouillard

Il s'est passé tant de choses ces derniers mois. Pas le temps de me reposer. Encore moins d'ouvrir mon carnet pour y prendre des notes.

J'oublie tout. En fait non. J'aimerai bien.

Les échecs se sont multipliés. J'ai essayé de passer à autre chose. J'ai brisé certains liens. Ma deuxième vie s'est évaporé. Je ne me suis pas enfuie cette fois-ci, j'ai juste tout laisser moisir et disparaître. Je n'ai touché à rien, j'ai juste regarder faire la nature.

Après que tout ait disparu, en me retournant, j'ai aperçu ce post-it avec ce numéro de téléphone. J'ai appelé. Je ne savais pas. Ca a ouvert une voie.

Décembre, ce n'est que le début. Il se doute de quelque chose. Tout comme moi. J'ai vu quelque chose qui dépassait de son coffre, dans sa chambre. Il a bien compris que j'en avais un, moi aussi. Bien fourni. Je me demande quand tout va déraper. Même si j'espère que ça fonctionnera pour longtemps cette fois.

Je suis fatiguée de toujours avancer dans le noir. Ce brouillard me rend curieuse. J'aimerai aller explorer d'avantage. Je l'ai vu s'ouvrir. Il m'a vu saigner. Et alors que je me laissais habiter par mes craintes, déballant tout, il ne m'a pas lâché. Pas une seule seconde. Je suis restée dans ses bras. Il me serrait fort. Il croit que je ne m'en souviens pas. Comment ferai-je pour oublier quelque chose d'aussi important pour moi. J'ai ouvert un livre. Un seul. J'ai tout raconté. Pas la pire histoire mais il a tout de même écouté. C'est ça que j'aime aujourd'hui. Le temps qu'on prend ensemble pour se découvrir. Toutes les histoires ne sont pas belles. Toutes les histoires ne sont pas émouvantes. Mais bien souvent, elles racontent quelque chose d'important, même si c'est bien enfui sous un tissu bien épais de mots.

Il vient d'ailleurs. Je vois plus loin. Il croit savoir. Je crois sentir. J'aime son brouillard. Il me permet d'avancer dans le noir sans pour autant me donner l'impression d'être perdue au milieu de nulle part. Je discerne les formes, les couleurs et sa voix me guide pour avancer. Je l'écoute murmurer sa chanson. La vie est beaucoup plus belle, même avec les contraintes.

Plus que quelques moments et je pourrai jouer tous les jours. Plus que quelques instants et c'en sera fini d'attendre. Après toutes ces années, je crois l'avoir trouver. Il me semble que même si ça n'est pas exactement ce à quoi je m'attendais, je vais néanmoins tout faire pour le garder, ce brouillard.

vendredi 2 janvier 2009

jeudi 1 janvier 2009

Note de l'auteur

Ca commence bien... Premières heures en 2009, plongée dans mon sommeil et j'ai déjà des visions de massacre dans un rêve...

Je suis Alexandre, enfant. Il est dans une grande pièce, blanche et froide. Il s'approche d'un homme qui se penche sur une table. Sur la table, il y a un enfant et du rouge. L'homme est le père de l'enfant. Je m'approche de la table. Il y a une chaise à côté. Je monte dessus pour bien voir.
Sur la table, il y a l'enfant qui gigote. Ses bras n'arrêtent pas de bouger dans tous les sens, le reste semble immobile. Les mouvements des bras font bouger la table. Il est hystérique.

Je suis debout sur la chaise. Il y a un bout de tissu blanc et rouge sur la tête de l'enfant. L'enfant respire bizarrement. On dirait qu'il essaie de crier mais il n'y a aucun son dans la pièce. Enfin si, parfois, j'entends le père qui travaille sur quelque chose. L'enfant, en respirant, en tentant de crier, aspire le drap et le recrache. Le sommet du crâne est bizarre.

Je regarde un peu ailleurs sur le corps et je comprends que l'homme travaille sur le corps de l'enfant. Ou plutôt dans le corps de l'enfant. Le fils est cassé. Il dysfonctionne. Le père pense pouvoir réparer son petit garçon. Il est calme et très appliqué dans ce qu'il fait. Il semble maîtriser ce qu'il fait. Il est impressionnant. Je regarde faire. Rien ne me choque. Je suis heureux d'être là, de pouvoir assister, regarder et vivre ce moment.

Il y a du sang partout. Il y en a par terre. Je ne veux pas salir mes souliers. Je reste perché sur ma chaise. Je regarde.

Le tissu qui couvre le visage est imbibé de sang maintenant. L'enfant continue de s'agiter. Le père se retourne, pour attraper des instruments sur une petite table qu'il y a derrière lui, que je n'avais pas vue avant. En pivotant, il a fait glissé le tissu. Le visage de l'enfant, je le vois. Je souris car j'ai compris.

Le père se retourne. Il avait ouvert le crâne de son fils. Le cerveau était à découvert. L'enfant a versé des larmes. Les deux yeux grands ouverts fixent le père mais le père vient de comprendre.
Sa sérénité est partie. Il est horrifié. Il vient de réaliser ce qu'il a fait. Il n'est pas Dieu. L'enfant n'est pas une machine. Les pièces sont jetées et ne peuvent se réinsérer. Le père hurle et s'effondre sur le sol.

Je suis satisfait. Je souris en fermant les yeux.

Et moi, dans mon lit, je viens de me réveiller.

jeudi 2 octobre 2008

Retour des Morts

Hadrien,

Je ne sais pas par où commencer. Je me rends compte que je t'ai fait énormément de mal en disparaissant comme ça. Mais je pensais à l'époque que c'était la meilleure solution. La confiance que je te donnais aurait fini par te perdre. Tes oeuvres sont magnifiques et tu ne vis que pour elle. Je ne pouvais pas risquer de comprendre tout ça. Je suis désolée de m'être enfui comme ça. Je suis désolée d'avoir mis tout ça en scène. Je suis désolée d'être partie sans explication mais tu n'aurais pas compris.

Puisque tu voulais la vérité alors la voilà. En temps normal, quand on s'aime, on se réjouit, on se fixe, on vit heureux mais tu n'es pas le prince charmant. Je suis partie quand j'ai commencé à trop t'aimer. On ne pouvait pas avoir cet handicap toi et moi. Tu sais très bien comment finissent les gens comme nous lorsqu'ils trimballent pareilles faiblesses avec eux. On est bien mieux l'un sans l'autre.

Je t'aime assez pour ne pas t'oublier, pour penser à toi, pour ne rien regretter, pour avoir envie de t'avoir dans les bras mais j'ai essayé de m'empêcher de t'aimer au point de vouloir prendre soin de toi, de te supporter, d'espérer qu'on puisse être ensemble pour de vrai et qu'on arrive à se donner l'un à l'autre sans avoir peur de trop donner.
Je ne veux pas t'aimer au point où j'en arriverai à faire des sacrifices juste "parce que c'est toi". Je ne veux pas que tu me fasses souffrir et je ne veux pas te faire du mal non plus. On se serait dévorer.
La situation comme je te l'ai imposé, est idéale parce qu'on a eu que les avantages sans provoquer les inconvénients mais surtout les risques. Et je ne veux pas me laisser t'aimer au point où je me dirai "un jour peut-être, on se retrouvera" parce que ça reviendrait au même. On perdrait tout le jour où on se perdrait pour de vrai. J'ai préféré te libérer de ce poids en orchestrant tout ça.

Hadrien, tu dois aller de l'avant, continue ta vie, cesse de me rechercher.

mercredi 17 septembre 2008

Izen

Je l'ai croisé à une soirée chez mes nouveaux amis, le couple de la bande. Ils nous ont invité pour une soirée crêpes. Bien sûr, il y avait d'autres gens en couple mais ils étaient venus seuls. J'avais enfin trouvé des gens qui ne sortaient pas perpétuellement avec leur ombre. Donc il y avait le couple, Monsieur N, Lune, Patricia, Ralph, Vince et d'autres que je vois souvent mais dont je n'arrive jamais à retenir le nom.
Celui qui avait toute mon attention, ce n'était pas Monsieur N qui était caché derrière ses lunettes, concentré sur sa partie de poker, occupé à foutre une raclée à ses partenaires. Patricia est une femme. Ca a le désavantage que je me fous complètement de ce qu'elle peut bien dire ou faire. Ralph était encore lancé dans une interminable tirade poétique que personne n'écoutait mais qui le faisait vibrer. Vince regardait la télé avec les autres.
Non, celui que j'observais avec insistance depuis une bonne demie-heure, c'était Lune. Peut-être parce qu'il avait sensiblement le même comportement que moi. Être là sans vraiment l'être, penser à quelque chose ou quelqu'un qui n'est pas ici avec lui et pourtant, observer ce qui se passe et y prendre part.
L'intérêt mutuel a été exprimé via un regard serein, accompagné d'un sourire. L'approche fut moins calme. Le cirque a commencé quand nos personnages de clown ont pris les devants. En coulisse, les mains et les caresses ne mentaient pas.

Je ne l'ai pas revu par la suite. Enfin pas avant sept mois. On s'est revu à une soirée moins intimiste, dans un bar. Le cirque a recommencé et à l'abri des regards, toujours la même chose. Les regards, les caresses furtives, le souffle à des endroits qui appelle le frisson.

Les critiques sont unanimes, c'est un séducteur. Il n'aime pas une femme mais la femme dans toute sa généralité. Il la défend, la respecte et l'aime passionnément. Il l'aime toute la nuit, voire plusieurs nuits de suite. Personne ne se prononce en faveur d'une longue histoire passée. Tout le monde s'accorde à dire qu'il n'a jamais mis ses œufs dans le même panier et qu'il en a beaucoup...

Je me rappelle qu'à l'époque où je vivais avec les garçons, j'avais croisé ce genre de mecs. Le genre qui courtise, qui rend jaloux et qui pense pouvoir tout obtenir, ne jamais tomber sur une plante mortelle. Celui-ci était peut-être pire. Protecteur avec tout son jardin, à n'imaginer ses fleurs que belles, fragiles et à ses pieds. Le grand seigneur les protège.

L'envie du jeu est forte, très forte mais je ne sais pas si c'est bien judicieux de replonger là-dedans. Maintenant, j'ai une vie saine, j'ai une structure beaucoup plus "normale" et je dois m'y tenir. Qu'est-ce que je dois faire.

samedi 30 août 2008

Frontal

C'est quand Hadrien a parlé que je me suis sentie le plus mal. Il a touché à mes faiblesses et forcément mieux que quiconque puisqu'il est aussi passé par là. Fuir perpétuellement. Reproduire le même schéma, avoir enfermé la bête. Tout calculer, ne rien lâcher, tout anticiper, tout contrôler, improviser non sans filet puisque tout était analysé au préalable.

Il m'a dit : "Tu devrais apprendre à contrôler ton monstre. Comme avant. Car c'est ça ta plus grande force. Penser que c'est une faiblesse est une insulte à ta famille petite conne."

Je voulais arrêter, me ranger, avoir une parfaite petite vie. Il a raison. Je le sentais bouillir en moi et je pensais que j'étais seulement prête à faire une connerie ou ruiner mes derniers efforts pour me construire autre chose. Hadrien débarque de nulle part et me balance contre un mur. Le choc après avoir passé des mois et des mois dans un cocon très confortable mais seule avec mes pulsions.

Alors on en est là ? Je dois me libérer.

mercredi 28 mai 2008

Retrouvailles

Tu sais, ça me fait aussi mal qu'à toi. Ne me regarde pas comme ça. Et arrête de pleurer. On croirait presque que tu as peur de moi.

Je ne sais pas. Je n'ai pas réfléchi à ce que je vais faire de toi. Je sais pas si je pourrai te faire la même chose. Ne me regarde pas comme ça, on croirait que tu es comme eux.

Sarah...

Si au moins je pouvais te dire ce que j'ai dans le coeur, je le ferai mais là, j'ai bien d'autres choses en moi. C'est un peu brouillon et je ne suis pas sûr moi-même de comprendre.

Mais tu sais bien. Je ne sais plus vraiment qui on est. Tu nous a lâché et c'était dur. Tu es partie au moment où nous, enfin moi j'avais le plus besoin de toi. Tu te rends compte ce que ça peut faire de perdre quelqu'un qu'on apprécie vraiment ? Je ne sais même pas si tu te rends compte.

Ne me parle pas de ce guignol, je ne t'ai pas vu pleurer, ni même serrer les poings. On dirait que tu t'en fiche. Me sortir ça comme excuse pour essayer de te créditer, c'est du grand délire. J'suis pas stupide. Ca se voit bien. Que ce soit lui ou un autre, il n'y a aucune différence.

Non, si Alex a fait ça, c'est que ça le démangeait. C'était un parasite. Ca lui semblait évident de nettoyer un peu la situation pour faciliter la communication.

Mais non je te répète ! Pas par vengeance. C'était pas pour la venger si c'est ce que tu penses. Et pas non plus pour te punir de nous avoir balancés comme ça.

Non, pas balancés... Tu t'es enfuie. C'est tout. Y'a des choses qu'il faut faire correctement. Te barrer du jour au lendemain après avoir foutu un tel bordel, te mettre avec ce crétin, te préparer une petite vie rangée, tu crois franchement que c'était une chose à faire ? Pas nous.

Ne viens pas me balancer qu'on devait pas le faire. Ca nous manquait et c'était une grosse tâche de toutes façons. Et sois franche, t'avais encore envie de le supporter longtemps ? Arrête de râler pour lui. On t'en trouvera un autre. La question dans l'immédiat c'est de savoir si on t'en trouve un autre pour que tu joues avec ou pour qu'il te tienne compagnie dans une chaufferie...

Bah ouais, là, je t'avoue que j'hésite un peu. J'ai toujours été rancunier.

mardi 27 mai 2008

Hadrien et Sarah

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Hadrien est assis sur une chaise. Il repense à l'époque où Sarah n'était qu'une toute petite fille. Il se rappelle des premiers gestes de la fillette, ceux qui lui ont fait pensé qu'elle serait sa préférée.

Hadrien repense au sourire de sa soeur quand il lui apprenait à manier un couteau. Elle n'avait pas dix ans et s'amusait avec des armes blanches comme d'autres avec des poupées. Elle avait le même regard innocent que les autres. La seule différence, c'est qu'elle développait un talent inné. Les autres étaient inutiles. Oui, tout simplement inutile.

Hadrien esquisse un sourire en repensant à la première fois où Sarah est venue le voir en pleurant. Elle avait eu peur. Elle avait douze ans et elle avait eu peur. Ce qui lui semblait étrange, c'est que c'était la première fois.

Hadrien laisse échapper une larme. Il repense avec beaucoup d'émotion au connard qui avait oser la frapper. Il repense à la dispute qu'il avait eu avec Alexandre et aux horreurs qu'ils avaient faits subir au jeune homme pour avoir tâcher leur si jolie petite soeur.

Hadrien ressent l'amour qu'il a pour son frère. Hadrien ressent l'amour qu'il a pour sa soeur. Il se demande parfois si celui qu'il a pour Sarah n'est pas plus fort. Alexandre est identique à lui. Il est une partie de lui, physiquement et mentalement, même s'ils sont très différents. Mais Sarah est unique. Elle est une créature indépendante et il l'aimait aussi parce que, sans ce lien profond qui existe entre lui et son frère jumeau, elle a su faire partie intégrante du trio.

Hadrien essaie d'établir un lien entre la soeur qu'il avait et la femme qu'elle est aujourd'hui. Celle qui est accroupie devant lui.

Le réveil du Doyen

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"Salut ma grande. Alors, surprise ?"
"Ne hurle pas où je te tranche la gorge. N'essaie pas de te débattre non plus. Tu me connais depuis suffisamment longtemps pour savoir de quoi je suis capable."
"T'es pas content de revoir ton grand frère ?
"

Sans rire, à quoi elle pensait ? Qu'est-ce qu'elle croyait ? Que j'allais la laisser s'enfuir comme ça ? Ca me fait vraiment rire. Elle est vraiment très drôle cette idée. La laisser s'en aller sans rien faire.
J'ai mis le temps mais je l'ai retrouvé. Cette connasse. Elle pensait naïvement pouvoir m'échapper en changeant de nom, en se taillant une petite vie normale ? Sans rire. On a grandi ensemble ! Elle me connaît putain ! Elle sait comment je suis.
D'ailleurs, elle a rien pu dire. Elle était tellement stupéfaite de me voir. Déjà de me voir en vie. Quelle conne... Comme si Hadrien pouvait me liquider. Putain, c'est vraiment tordu comme idée. Bousiller sa propre gueule. Enfin bon, elle peut pas comprendre. Mais sa tête quand je lui suis tombé dessus. C'était jouissif. J'en ris encore.

"Tu dis rien. On t'a coupé la langue ? Allez Sarah, dis moi au moins "bonjour". Ca fait déjà deux ans qu'on ne s'est pas vu ! T'as du en faire du chemin. Tu vas pas me raconter ?
On a trucider de l'inutile ces derniers temps ? T'as pas un incapable ou deux à éviscérer ? En souvenir du bon vieux temps ? ... Merde, fais pas cette gueule."

Pour ma petite soeur, j'étais tombé dans un piège. Et probablement que j'avais du me faire torturer par mon frère. Mais Hadrien n'est pas fou. Enfin, il a presque retrouvé la raison mais il n'est pas fou. Il ne l'a jamais été. Il était juste dans une passage. Se faire voler sa copine pour des jeux qu'on pratiquait nous-même, forcément c'était dur. Et même s'il a eu sa grosse période de parano, il s'est repris. Il savait bien qu'on ne pouvait pas avoir fait ça.
C'est sûr que quand Sarah a foutu le camp en foutant son merdier, ça lui est resté un peu en travers de la gorge. Ca n'aidait pas à la blanchir totalement. "Peut-être qu'elle avait peur d'être remplacée" avait-il supposé. Je savais bien qu'elle était pas comme ça. C'est notre soeur, notre camarade de jeu, notre coéquipière. C'était surtout une élève douée.

"Il faudrait que tu vois Hadrien. Il est un peu en colère contre toi. Je vais te ramener là-bas, tu vas prendre le temps, lui expliquer clairement ce qui t'a traversé l'esprit... Et ouais ma grande, Hadrien est encore des nôtres. Il lâchera pas sa vie aussi facilement que ça ! Surtout pas pour une femme."

Quand j'ai prononcé son nom, j'aurai presque cru sentir qu'elle avait plus peur de lui que de moi. Avec le recul, je ne sais pas trop comment je dois le prendre. Je pensais être le plus cruel des trois.
Je l'ai prise par le bras, on a été chez elle prendre des affaires. Elle a laissé un mot pour son cher et tendre. On est parti.

Sauf que lui, il était déjà là-bas.

dimanche 11 mai 2008

Le cadavre sort du placard

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Comment j'ai brisé sa vie.


Je lui avais parlé grâce à notre passion commune : la photographie. Je prenais des photos de portraits principalement et lui, les retouchait. On ne s'était rencontré qu'une fois et brievement. Il m'avait pourtant laissé le souvenir intact d'un don juan qui n'a pas froid aux yeux. Il m'avait abordé en me demandant si je voulais l'embrasser. Tout simplement et sous le regard un peu perplexe de mon compagnon de l'époque, qui était un très bon ami à lui. C'est comme ça qu'il engage la conversation avec les femmes.

Il voulait son baiser. Je voulais en savoir plus. On s'est reparlé. Il m'a montré les photos qu'il avait remaniées et je lui envoyais quelques uns de mes projets. On travaillait en symbiose à distance. On échangeait de la musique, des opinions, des détails sur nos mondes réels et nos mondes imaginaires.
On s'est aimé dans un lit, dans la cuisine, sur la table du salon, dans les bois, dans une salle de cinéma, sur le bord d'une autoroute, d'un wagon de train vide. Seulement dans ces moments-là. En dehors, malgré nos projets, on savait l'un comme l'autre qu'on pouvait se haïr. J'étais une menace potentielle. Je savais certaines choses qu'il cachait depuis des années.

C'est le jour où il a été trop loin que je l'ai trahis. Il fallait que je l'arrête, que je l'empêche de faire du mal à mes proches. C'est beaucoup moins drôle de savoir qu'il joue au docteur quand on sait qu'il le fait sur des gens qu'on apprécie.

On était chez lui. Il avait amené une fille qui était proche de son cercle d'ami. Il me l'avait présenté pendant un de mes séjours chez lui. Et cette nuit, elle était toute seule chez lui. Elle était enfermée dans la chambre d'à côté.
Il est venu m'embrasser, me souhaiter bonne nuit et il est allé la rejoindre. J'ai tout entendu. Je n'ai jamais revu la fille. Et lui non plus après cette nuit-là.

Quand j'ai compris ce qu'il lui avait fait, comme aux autres, qu'il avait touché à quelqu'un de son cercle. Rien ne pouvait l'arrêter. Il se fichait de nous. J'ai contacté ses amis et on s'est arrangé pour que plus jamais il ne nous revoit. On l'a bannit.
On l'a privé de sa maison, des ses parents, de sa soeur, de toutes ses relations sociales et on l'a exilé.


C'est toujours différent quand c'est quelqu'un qu'on connaît. On est tout de suite plus touché. C'est horrible de finir sa vie de cette manière...


Comment il est réapparu...

Nous avons tous refait notre vie depuis. Je me suis séparé de mon compagnon de l'époque. J'ai déménagé à 850 kilomètres de chez moi. J'ai un nouvel ami. Un nouvel appartement. Une nouvelle bande d'amis. Je ne pensais plus à lui. Tout était derrière moi. J'avais tourné la page.
Et hier, il était là. A trois mètres de chez moi. Je sortais pour aller rejoindre des amis, je ne l'avais pas vu tout de suite mais il me suivait. J'ai emprunté une rue étroite et c'est là qu'il m'a rattrapé. Il m'a saisi à la gorge, il serrait de plus en plus fort en me regardant sans un mot.
Je me suis mise à pleurer. Je revoyais un cadavre que j'avais enfermé dans un placard et que j'avais oublié. Je pleurais de peur en le fixant. Je ne pouvais pas croire que c'était lui. Ca ne pouvait pas être lui. C'était impossible. Pas lui.
Il a lâché mon cou mais m'a pris par les bras. Il m'a serré très fort contre le mur et m'a dit que ce n'était que le début. Il m'a frappé, je suis tombée, il s'est enfui.

J'ai continué à pleurer, dans la rue, les jambes tremblantes, à demander "comment ?".

mercredi 23 janvier 2008

Rejet

Ce soir, je me dis que si j'avais de la drogue chez moi, si j'avais l'habitude d'en consommer, si ça me faisait de l'effet, je prendrai tout.

Ce soir, je me dis que si un jour, j'ai cessé d'exister, c'est quand nos chemins ont divergés.

Ce soir, je me rends compte que je me mens.

Il y a des journées qui sont le résultat de mois d'efforts à se construire ou à se reconstruire et par un flash, une illumination, on sait qu'on a tort depuis le début. Qu'on s'est planté. Il n'est pas trop tard quand on a le souffle en bouche. Mais où chercher la réponse à l'énigme qu'on croyait avoir résolue ?



La vie normale. Le travail, le bureau qui ouvre chaque jour à la même heure. Le café du matin. Le collègue qui arrive en parlant des résultats de foot et on s'en fiche. On est concentré sur son travail. On pense à ce type qui n'est "qu'un crétin". On regarde l'heure. Bientôt l'heure de manger. Toujours même endroit, même personne. Regarder les actualités. Se remettre au travail. Se réjouir car bientôt l'heure de rentrer. Arriver chez soi. Partager quelques sourires avec l'inconnu. Manger encore. Dormir après avoir régler le réveil pour demain.


La vie normale. Mais pas seulement. Le mouton s'endort dans son train. Bercé par le rythme ininterrompu de la vie normale, il y est confortablement installé et n'aime pas bouger. Même pas le bout de son oreille.

On a tous des passions qui nous sont propres. Et souvent, on s'entoure de gens qui comprennent nos passions ou nos motivations.
Parfois, on se rend compte qu'on s'est entouré de la mauvaise personne. Moi, c'était ce jour-là.


Elle avait faim. Elle se sentait faiblir. Il fallait avancer l'heure du repas de midi. Elle se levait, allait chercher de l'argent au distributeur de billet le plus proche. Immanquablement, il était hors service. Elle repassait devant la boutique de sandwiches, s'en payait un, à défaut d'un vrai repas. Elle retournait au bureau. Elle descendait vers la cuisine commune, pour manger avec les autres. Une fois les discussions d'usages finies, elle remontait, lisait les actualités, apprenait qu'un de ses artistes de coeur venait de mourir. Elle avait un pincement au coeur qui n'allait pas s'en aller de la journée.

Elle essayait de ne pas y penser mais revenait régulièrement sur la page qui annonçait le début d'une grande réflexion. Elle espérait voir venir rapidement l'heure de s'en aller pour respirer mieux et tenter de comprendre. Elle essayait de joindre un ami à elle. Un très proche ami. Une petite manifestation de soutien. Il savait en l'apprenant de son côté, que ça allait la toucher. En rentrant, elle ne trouvait personne. Elle était seule avec son coeur plein de piqures. Elle allait pouvoir réfléchir. Penser à l'identité de celui qui vit avec elle. Celui qui ne comprend pas. Celui qui ne se doute pas. Celui qui lui est pourtant si proche d'elle et pourtant si éloigné. Est-ce réellement lui dont elle a besoin pour s'épanouir ? Alors elle repart à réfléchir. Seule dans son lit, le coussin propre déjà couvert de larmes noircies par le mascara qu'elle a mis ce matin.
Pourquoi ne comprend-il pas ? Pourquoi cet homme au témoignage si véridique n'est-il pas là, dans ce lit, à l'étreindre de toutes ses forces pour la consoler sans un mot. Sans "chut", sans "j'aime pas te voir comme ça", sans "ça va aller".
On s'en fiche si ça va aller ou pas. On s'en fiche que tu n'aimes pas nous voir comme ça. Ca nous agace encore plus d'entendre des "chut" pour nous calmer. Prends moi dans tes bras, sers moi fort, ne dis rien, reste juste là. Pourquoi en faire trop ? Pourquoi toujours chercher à fuir ces émotions en tentant de faire rire l'autre ?

Non.


Il n'est pas lui. Pas l'autre. Nous nous en rendons compte. Nous le savons. Nous nous remettons en question. Nous et les choix que nous avons faits. Ceux qui nous ont mené ici. Allons nous échanger la stabilité pour retourner dans une vie tourmentée ?

dimanche 14 octobre 2007

J'ai fui

J'ai fui. Je suis à l'étranger. J'ai un vrai travail. Je me comporte correctement. J'apprends à être calme, j'apprends à gérer ma colère. J'apprends à vivre avec des êtres humains insupportables sans avoir envie de leur arracher le foie pour m'amuser. J'apprends à être seule, vraiment. J'apprends à gérer ma nouvelle vie. J'apprends à être une autre.

J'ai quand même peur. J'ai peur que mon âme s'en aille. Le calme, l'absence de cris, de douleurs, c'est reposant mais également, la jouissance d'autrefois s'est évaporée. Est-ce que je suis toujours la même ? Est-ce que le prix à payer pour rester en vie n'est-il pas trop élevé ?

Faire disparaitre son ancienne vie et apprendre à naître de nouveau sans aucune folie, sans aucun danger, sans rien d'exceptionnel lorsqu'on a connu le grandiose. Je suis en vie mais parfois je me sens tout de même morte à l'intérieur. J'ai peur des attaches. Le bonheur a remplacé l'excitation. Le calme a remplacé les magnifiques corps mutilés. Parfois, j'aimerai tomber sur un crétin pure et innocent, complètement débile pour pouvoir m'acharner sur lui.

lundi 22 janvier 2007

Durant la pluie...

C'était un jour pluvieux. Ils étaient tous les trois à la maison, leurs parents étaient en bas, dans le salon ou à la cuisine. Ils étaient dans la chambre d'Hadrien. Alexandre lisait, Sarah regardait par la fenêtre, assise le long du rebord creusé dans le mur pendant que leur frère dormait en position fœtal dans son lit. C'était l'après-midi. Hadrien avait enfin réussi à s'endormir.

Sarah contemplait les gouttes de pluie tomber sur la vitre juste en face d'elle. Elle ne regardait pas au-delà. Elle réfléchissait. Les soucis s'installaient, le malaise aussi et le sentiment d'impuissance qu'elle avait connu enfant. Elle ressentait à nouveau la peine même si ce n'était pas la sienne. Elle n'aimait pas ce sentiment humain. D'ordinaire, ça la mettait hors d'elle et venant des autres, elle le qualifiait de faiblesse suicidaire.

Alexandre était en quête de concentration. L'empathie qui le liait à son frère jumeau le tuait parfois. Lire aurait presque été le seul moyen pour lui de se détacher de lui sans le quitter réellement. Il fixait cette page depuis presque dix minutes. La même ligne et frénétiquement revenir au même mot, au début de cette même phrase, en haut de cette même page. Et avancer son regard, lire à syllabes détachées dans sa tête, faire vibrer les sons jusqu'à comprendre. S'évader. Non, pas par là. Pourquoi tu penses à ça mon vieux, reviens sur cette page.

Le livre vole à travers la pièce.

- Viens avec moi.
- Non, je veux rester là.
- Il a pas besoin de nous, il dort et faut que j'te parle.

Elle regarde Hadrien, le visage bouffi, les yeux gonflés et rouge, elle pose son regard sur Alexandre, debout, à la porte. Elle acquiesce.

Ils descendent les escaliers après avoir refermé la porte avec soin. Ils croisent leur mère. Elle demande où est le troisième. Il dort, il est souffrant mais rien de grave, pas besoin d'aller l'embêter, ils reviennent dans un moment, ils vont derrière.

- Elle est où ?
- Qu'est-ce que j'en sais ?
- Putain. Tu crois qu'il l'a tué ?
- Non, je pense pas.
- Mais alors quoi ?
- J'en sais rien ! Je te rappelle que j'ai beau être plus maline, je suis pas voyante ! J'peux pas deviner dans les brins d'herbes !
- Qu'est-ce qu'on fait ?
- On va retourner avec lui, on va attendre qu'il se sente assez mieux pour parler et on avisera. Là, on sait que dalle.
- Il a dit quoi quand tu l'as vu ?
- Il a juste dit qu'il l'avait perdue. Mais ça peut vouloir dire pleins de choses. J'étais paniquée moi. D'habitude, il prend le temps de se changer avant de rentrer et là, il pleurait et il était couvert de sang. Je sais même pas à qui il est ce sang ! Je sais même pas ce qui s'est passé. Je comprends pas comment Hadrien a pu devenir du jour au lendemain aussi détruit que ça. Je comprends pas. J'essaie de rester calme mais je comprends pas. Et j'ai peur pour nous.
- Ouais, je me doute.
- Non, t'en sais rien. Et si c'était encore un jeu et que ça avait mal tourné ? Il va arrêté ? Il va nous balancer ? Avoir des états d'âme ?
- Ta gueule.
- Alexandre, regarde moi. On peut pas deviner ce qu'il a dans la tête.
- Tu te rends compte de ce que tu dis ?
- Attends. Ce que je veux dire c'est qu'il faut y penser mais j'oublie pas que c'est notre frère. Et là, en l'occurrence, il a besoin de nous. Mais je ne sais pas quoi faire concrètement. J'ai peur pour lui d'abord mais forcément, à force de tout retourner dans ma tête, je pense à nous.
- Moi j'arrête.
- Tu quoi ?
- Je l'attends. J'attends qu'il revienne.
- De quoi tu parles ?
- On verra bien.

Le regard s'égarant sur ses pieds, Alexandre parlait désormais tout seul. Sarah le tira par le bras pour retourner dans la chambre de leur frère.


Hadrien n'arrive pas à oublier. Hadrien n'arrive pas à faire avancer l'intrigue. La cassette est bloquée sur la chute. Ca fait tellement mal. La chute. Je ne l'ai même pas vue.

lundi 8 janvier 2007

Entracte

Le temps coule, les nuages continuent leur chemin et nous, nous avançons encore et encore à reculons. T'en as pas marre de ne pas savoir où tu vas ? Parce qu'en ce moment, je le sens que ma planète a du mal à tourner. Hadrien me le fait sentir. Il souffre réellement en moi. Il hurle tout ce qu'il peut en espérant que ça la ramènera mais il sent bien qu'il n'y peut rien.
Dis moi juste une chose, est-ce qu'on s'en sortira ? Tu peux vraiment me faire cette promesse ? Celle d'un espoir futur, d'une résolution presque heureuse, d'un avancement ? J'en suis presque à souhaiter une tuile. Hadrien regrette. Sarah espère et Alexandre ne comprend pas. Je ne comprends pas. Tu pourrais m'aider à comprendre ce qui m'arrive ? Pourquoi ces gens ont élus domicile dans ma tête ? Pourquoi Hadrien a affecté mon coeur ? Il me pourrit les yeux et Sarah crache des doutes. J'ai besoin d'une canne pour avancer. Je ne te demande rien. Je veux juste savoir que toi, tu vas avancer pour moi. Que tu ne renonceras pas. Pour moi.
On était au bord du lac la dernière fois avec les trois. On se promenait. Enfin concrètement j'étais seule mais lorsqu'on rêve assez fort, nos rêves sont réels. C'est l'avantage à être fou. On se promenait donc au bord de ce lac. Hadrien souriait encore. Mon dieu, j'en pleure d'y repenser. Sarah restait à côté d'Alex. Ils marchaient juste. Le long du lac. Et je me suis arrêté. On est donc allé s'assoir, les pieds dans l'eau. J'ai eu un pressentiment affreux, comme la première fois. Est-ce que j'aurai pu aider Hadrien ? Il me regardait avec toute l'affection qu'on porte à sa meilleure amie. Il me regardait et j'ai eu de la peine pour lui mais je ne savais pas pourquoi. Hadrien est venu s'assoir à côté de moi. On est restés silencieux tous les deux pendant que les deux autres s'amusaient à effrayer les canards et les cygnes. L'avantage avec le froid hivernal, c'est qu'il n'y a personne qui vient se frotter à toi, que tu peux t'incruster dans un paysage sans erreur.
J'ai besoin d'aide. Je le sais. Je ne sais pas à qui appartient cette larme. Je ne me rappelle pas pourquoi ils ont fait ça. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans cette chambre. Je me rappelle juste de ces pleurs. Je me rappelle de cette moquette sur laquelle il était assis. Je me rappelle du regard de sa sœur. Je me rappelle de la chute, du bruit, du sourire. Je me rappelle du balcon. Je me rappelle de cette putain de fenêtre, je me souviens parfaitement du dernier regard qu'elle nous a adressé avant de disparaître. Hadrien l'a perdue mais à la longue je me demande si moi aussi je ne l'aurai pas perdue. Lui a perdu sa raison, son sang-froid, son immortalité. Aurai-je perdu quelque chose d'aussi important et vital pour moi ?
J'avais tort. Je ne suis pas assez forte pour les porter tous les trois. Regarde dans quel état il est. Il n'arrive même plus à respirer tellement la douleur est grande. Regarde le mon fils. Mon petit garçon. Regarde le s'effondrer sur ce mur en se tortillant de douleur. Et regarde moi. Moi, je souffre pour n'importe quoi, pour du vent, pour quelqu'un qui n'existe pas.
C'est un transfert ma chère patiente. Je te jure, je le jure, je jure que le prochain a m'appelé sa chère patiente, je lui fais subir le même sort qu'à cet enfoiré dans ce putain d'immeuble.
Mais n'empêche ? Aurait-il tort ? Il faut chercher. Il faut qu'on arrive à trouver. Je ne sais pas où exactement le temps s'est effacé. Je ne sais pas non plus quand tout s'est envolé... Tu veux bien hurler avec moi ? Je ne suis pas sure d'y arriver seule...

vendredi 5 janvier 2007

Ouvre les yeux

Hadrien est assis sur son lit. Il regarde le sol et fait courir des souvenirs dans sa tête. Sa gorge se serre, ses yeux se mettent à pleurer. Il sent son coeur battre si fort, le faire tellement souffrir qu'il pense soudainement se l'arracher. Il relève la tête, regarde par la fenêtre cet arbre dans le jardin qui est plus grand que la maison familiale. Il repense à une ballade qu'il a fait dernièrement. Il repense à des éclats de rire. Il repense à tout ce qui pourrait lui faire oublier ce qui s'est passé hier. Mais pourquoi ça ne s'en va pas ? Pourquoi ce n'est pas un simple cauchemar ? Pourquoi la réalité ne reprend-elle pas le dessus ? Il s'énerve. Il se met à pleurer. La tristesse a élu domicile dans sa tête, le désespoir y sous-loue une chambre désormais.

Marla et lui marchent vers un grand bâtiment plus large que haut mais comprenant à peu près une douzaine d'étages. Le bâtiment n'est pas plat, il forme comme une sorte d'angle droit légèrement plus ouvert. Hadrien va se poster dans une chambre dans l'aile droite. Marla va opérer dans une chambre du même côté mais dans l'aile gauche. Par la fenêtre, ils pourront se voir, d'un coup d'oeil vérifier que tout fonctionne, que tout est au point.
Hadrien pose ses affaires dans la chambre. Il va directement sur le balcon repérer où se trouve Marla. Il attend. Il regarde. Une silhouette apparaît. Elle s'approche du rebord, le regarde. Elle sourit. Il lui rend son sourire. Elle fait un signe de tête puis retourne à l'intérieur. Ca ne devrait pas être long.
Il regarde en dessous si c'est si haut. Hadrien n'a jamais eu le vertige. Il a toujours adoré regarder à quelle distance il se trouve lorsqu'il est en hauteur. Il aime imaginer qu'il tombe mais que jamais il ne subira de chute. Puis il regarde au loin. Devant lui, il y a un bâtiment qui lui gâche le paysage. Un autre grand bâtiment. On se rend aisément compte que si ce bâtiment n'était pas là, on aurait une superbe vue sur la plage, la mer, l'horizon et par extension, un magnifique coucher de soleil. Il n'est pas romantique, mais il réfléchit beaucoup.

Son oeil est attiré vers le balcon de Marla. Il tourne la tête et voit qu'elle se débat. Un homme tente de la faire basculer par dessus la rambarde, il la pousse, elle le gifle, il la frappe, la saisit par les cuisses et la balance dans le vide. Hadrien n'a pas le temps de réagir, d'aller à la chambre, de réfléchir, c'est déjà fini.
Et y'a ce putain d'arbre qui l'empêche de voir où est Marla, il refuse de croire mais veut savoir. Son souffle est coupé et il la cherche du haut de ce balcon si haut. Il n'a pas le temps de pleurer. Il se redresse et regarde le balcon de l'autre côté. Il voit l'homme qui ne se cache pas, qui reste sur ce balcon, qui contemple son oeuvre. On croirait presque qu'il est heureux.

Il avale sa salive, ferme les yeux, inspire, relâche sa respiration et ouvre les yeux. Ca va commencer.

Il saisit son sac, celui-là même qu'il avait laissé dans l'entrée, il sort de la chambre, ne la ferme pas, court dans les couloirs jusqu'à cette chambre. Ca ne prendra pas longtemps à retrouver la porte. Il sait où Marla était partie. Il rentre, fixe sa cible, lui lance un poignards dans l'arrière de chacun de ses genoux. Il se précipite vers le balcon, saisit l'homme par les cheveux et le traîne jusque l'intérieur de la chambre, prend le bras droit de l'homme, un couteau, un large couteau, plante l'arme dans la main afin qu'elle soit plantée à même le sol. Il regarde l'homme, stupéfait, horrifié de voir comment la situation a tourné.
Hadrien se lève, allume la lumière, ferme les volets. Il va fermer la porte. Il reste quelques instants à regarder l'homme à terre. La colère monte. Il retourne vers lui, saisit son autre bras mais ne lui réservera pas exactement le même sort qu'à l'autre.

Trou noir.

Hadrien a fini. Il va à la fenêtre, ouvre les volets, se dirige sur le balcon, cherche où est Marla mais il n'y a plus rien. Tout a été embarqué, emballé, nettoyé par les flics, les ambulances. D'ailleurs, faudrait voir à pas traîner dans le coin trop longtemps. Il s'en va.


Sarah entre dans la chambre. Hadrien est assis sur le sol, recroquevillé sur lui-même, il pleure. Sa chemise est maculée de sang. Sarah s'approche de lui, affolée. Mon dieu, qu'est-ce qui t'est arrivé ?
Je l'ai perdue.

mercredi 29 novembre 2006

Amertume

Je te hais.

lundi 30 octobre 2006

Inconnu(e)

Devant son miroir, Marla se regarde et se dit que finalement, la frange, ça lui va mieux. Elle se prépare avec beaucoup d'attention car ce soir, elle va faire des envieux. Ce soir, elle va tenir un rôle qu'elle n'avait pas tenu depuis quelques mois. Ca lui avait drôlement manqué.

Marla regarde le reflet de la lampe dans ses yeux noirs. Elle inspecte son nez, s'il n'est pas marqué de trop d'imperfections. Elle admire les cils qu'elle a pris soin de séparer un à un avec son nouveau mascara. Elle corrige la couleur sur sa paupière : le noir a légèrement coulé et le rouge n'est pas assez intense à son goût. Ses lèvres. Elle fait de légères grimaces avec elles afin de trouver quelle moue va lui servir au mieux pour attirer le chacal. La longue veste noire qu'elle va mettre semble mettre en valeur son corps dissimulé sous une robe qui épouse les formes voluptueuses dont elle dispose. Ce soir, Marla se prépare comme si c'était le soir le plus important de sa vie. Son sac contient tout ce qu'il faut. Elle aura de quoi se remaquiller, de quoi se rafraîchir l'haleine, de quoi se moucher, de quoi payer ce qu'elle va consommer. Elle réajuste ses chaussures, ses cheveux, son sourire et sort de la maison.

Elle se dirige vers la voiture de son père. Elle lui a subtilisé les clefs pendant qu'il était affalé sur le canapé, probablement en train de mourir de sa cirrhose du foie, espérait-elle... Elle met le contact. Elle enfourne un cd. Elle démarre, sort de l'allée et commence à chanter. Un vieil air jazzy des années soixante-dix sur lequel An chante. An est une chanteuse que Marla apprécie parce qu'elle dégage une énergie en concert qui l'impressionne à chaque fois. A la fois victime et impériale. Marla est comme ça. Marla possède cette ambiguïté aussi. Alors elle continue à chanter. Elle passe devant la salle des fêtes de la ville, devant la maison d'Alyssa, près de la vieille ferme et sort de la ville. Elle est confiante. Elle ressemble à une grande dame. Elle a 21 ans et est persuadé qu'elle a toute la vie devant elle. Elle rêve de chansons, de films hollywoodiens, d'hommes riches, beaux et célèbres. Riches étant tout de même ce qu'elle aimerait le plus. Marla n'est pas son véritable prénom. Josie ne lui correspond pas. Marla, c'est sensuel et mystérieux. Et c'est un prénom pour une brune. Depuis qu'elle s'était mise à teindre ses boucles blondes en noir ébène, elle avait effacé toute trace de Josie. Elle repensait, tout en longeant le fleuve, dépassant la limitation de vitesse, aux premières personnes qui eurent l'honneur de l'appeler ainsi. C'était bien la première fois qu'elle remerciait son père d'avoir déménagé. Mais que pouvait-il faire d'autres ? Résider à tout jamais dans la maison où sa femme avait mis fin à ses jours ? Revoir cette scène encore et encore en rentrant dans la cuisine, la pièce qu'il avait affectionné depuis sa plus tendre enfance... Désormais, il vivait sur le canapé, à l'abri des tâches de sang ou de sauce tomate. L'alcool le conserverait mieux qu'un rôti de porc, se convainquait-il. Peu importe, Marla avait pu s'enfuir de ce trou à rat et elle en était ravie.

De l'ambition, elle en avait. Elle arrive à la vieille ville. L'architecture y est plaisante. Elle peut jouer son personnage à fond. Marla la belle, celle qui ne craint rien. La prédatrice, comme cette magnifique femme dans le film qu'elle avait vu il y a trois ans. Oui, Marla est une femme fatale. Elle va garer sa voiture un peu plus loin que sa destination. Elle prend soin de vérifier sa coiffure, sa nouvelle frange, cette mèche qui va mettre son regard en valeur. Puis elle descend. Le café-concert n'est pas loin. Elle se dirige en pensant à sa démarche, minutieusement calculée, chronométrée presque, mais dansante. Parce qu'il faut qu'on la remarque d'un regard. Il est absolument vital qu'en rentrant elle donne l'impression de posséder l'endroit. Elle l'a bien retenu. Et c'est comme ça que la suite est joué d'avance. Marla ne bouge pas la tête, elle avance, ne bouge que son regard. Celui-ci donne de l'espoir aux hommes qui la regardent. Il s'arrêtera sur sa future conquête. Marla est venue ce soir en tant que chasseuse, non en tant que chassée. Et son air impérial ne dément pas ses intentions. Elle s'assoit au bar. Elle commande, en n'omettant pas de faire de l'oeil correctement au serveur qui se trouve être dans la même faculté qu'elle. Elle espère qu'il sera le seul ce soir à savoir qu'elle n'est pas une vraie lady. Elle inspecte son verre, repose son sac près de ses pieds et attend. Elle regarde dans le miroir qui se trouve non loin d'elle. Le groupe qui joue ce soir n'est pas très connu. C'est un groupe qui vient de loin pour se faire connaître. The Phoenix. C'est joli comme nom, tiens.

Un jeune homme vient s'asseoir à ses côtés. Il commande, il a le regard dans le vide. Préoccupé, les pensées vagabondantes, il ne prête pas attention à ce qui se passe autour de lui. Il boit son verre, petit à petit. Il se sent seul mais ne veut pas de charité. Son monde ne se limite plus qu'à ce qui est à la portée de son nez. Il n'a envie de rien. Il souffle comme si le monde allait à sa perte, que tout espoir n'existait plus en lui. Il semble triste, fait des moues d'enfants avec ses lèvres, remue son verre comme s'il n'était pas à peine entamé, mais bel et bien presque vide. Il fronce les sourcils, semble réfléchir à s'en torturer.

Marla l'observe et se prend d'amitié pour lui. Peut-être qu'elle n'est pas là pour traquer ce soir. Sa foi dans le Destin la pousse à croire que s'il s'est assis là, ce n'est pas par hasard, que si elle est sortie pour venir ici, si cette pulsion l'avait amené à côté de cet homme, ce n'était pas sans raison. Cette foi presque déraisonnée qui explique tout.

Elle se pince les lèvres, réfléchit et puis merde ! Elle s'approche, tente d'entamer la conversation de manière banale.

- Salut !
- Salut.
- Tu viens souvent ?
- J'sais pas.
- Ca va pas ? Tu veux que je te laisse tranquille ?
- J'sais pas.
- Me voilà bien avancée...
- Désolé, j'ai pas vraiment la tête à jouer le jeu de la drague habituelle.
- Ca se voit.
- En plus, toi, visiblement, t'es venue pour chasser du gros gibier... J'vois même pas pourquoi tu te fais chier à vouloir faire du social avec un mec qui ne croit désormais plus qu'en son verre.
- Chasser du gros gibier ?
- En plus, t'es nombriliste.
- Tu cherches à me faire fuir ?
- A toi de voir. Tu fais comme tu veux.

Ils restent côte à côté à boire sans parler. Il regarde parfois si elle allait partir et elle, elle regarde s'il a bientôt fini son verre. Elle espère qu'il va rester toute la nuit. Il a l'air intelligent. En tous cas plus qu'elle. Les hommes plus futés qu'elle la fascinent. Lorsqu'elle était enfant, des psychiatres lui avaient dit qu'elle avait un quotient intellectuel élevé. En conséquence, très peu de personnes ne pouvaient l'égaler ou la surpasser, pensait-elle. Elle avait eu tort bien des fois mais jamais ça n'avait ébranlé ce dont elle s'était persuadée.

Pendant trois heures, ils ont joué à celui qui finira son verre le dernier. Finalement, c'est lui qui lâche prise. Il avale la dernière gorgée. Prend ses affaires, se lève, la regarde avec un air de mépris, marche vers la sortie mais prend le temps de dire "Alors tu viens ?".

Pas le temps de réfléchir s'il le faut ou pas. Elle prend ses affaires, ne semble même pas surprise de répondre sans se rebeller, le suit. Il la prend par la main et la mène jusqu'à sa voiture. Il la prie de monter. Il fait de même, démarre, sort du parking et fonce sur la route à toute allure comme si la vie d'un proche en dépendait. Il l'emmène dans une grange. Une grange bien spéciale. Le trajet se passe sans un bruit ni de l'un, ni de l'autre. Comme au bar, ils ne parlent pas. Ils arrivent, descendent, marchent jusqu'à la grande porte en bois. Hadrien la pousse et montre l'endroit, très pittoresque, à Marla. C'est très campagnard. Ils ont roulé longtemps mais ça méritait le détour. Hadrien la saisit par le cou, l'embrasse fougueusement. Hadrien se laisse aller, pour une fois. Il ne veut pas de ces soirées sanglantes où il faut travailler après s'être amusé. Là, il veut trouver le plaisir sans faire de ménage, sans trouver un endroit secret, sans réfléchir à l'alibi, aux preuves, à tout ce qui est pourtant amusant pour lui. Pour une fois, il veut s'amuser. Il veut vivre sans calculer.

Marla se laisse prendre au jeu. Elle l'a suivi, elle ne sait pas où elle est, sauf dans ses bras. Il est mystérieux, il est beau et dieu qu'il embrasse bien ! Elle se laisse coucher dans la paille, se laisse prendre par la fougue du moment. Sa robe est déchirée. La frange n'est plus en place mais on s'en fout. On s'en fout. Le plus important, c'est qu'ils vivent le moment.

Hadrien a fait l'amour pour la première fois de sa vie sans avoir rien calculé. Il ne connaît pas le prénom de cette jeune femme allongée à côté de lui. Il ne connaît pas sa famille, ne connaît pas ses amis, ne sait rien d'elle. Et ça fait du bien.