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vendredi 29 mai 2009

Comme une corde qui résonne

Il faisait beau. Un ciel bleu magnifique. Aucun nuage, une légère brise, un soleil resplendissant. Un après-midi comme celui-ci est un miracle dans cette partie du monde. On le célèbre en restant dehors, en se baladant, en souriant aux passants.
Tout ralentit autour de soi. Tout le monde est plus calme, plus heureux. Les enfants jouent dans la fontaine du village. Les parents sont assis sur des bancs, les yeux fermés, face au soleil. Certains discutent, certains se taisent et profitent des rires enfantins. Les vieillards se mêlent à la foule. Ils côtoient les "jeunes voyous" qu'ils évitent tout au long de l'année. Tout ralentit autour de nous.

Assis sur un banc, tous les trois, on regardait les gens passer. Nous nous sentions bien. Presque en harmonie avec le reste du monde. Même avec les gens. Ca changeait. Sur la place où nous étions, il y a plusieurs autres bancs, parsemés partout sur cette grande surface. Des arbres plantés ici et là. Au centre, une statue chargée d'histoires. Les gens passaient devant nous, nous adressant parfois un sourire. Il faisait beau, il faisait bon.

Je regardais mon frère avec son air béa. Ma sœur se collait contre lui. Elle me regardait, surveillant mon humeur, espérant ne pas voir apparaître une pointe de jalousie. Jamais. Mais elle veillait à l'équilibre. Je regardais les gens, je sentais son regard sur moi. Tout le temps. Ça ne me gêne pas. Ça ne risque même plus du tout de me gêner puisque je m'en fiche. Mon intérêt se porte vers un homme qui traverse la place.
Cet homme a le regard soucieux. Il traîne ses pas, retient ses larmes. Traverser la place. La dernière épreuve. C'est palpable. Tout le monde l'a senti mais tout le monde s'en fout. Tout le monde reste sur son nuage. Tout le monde flotte. Tout le monde se détend, se concentre sur son bonheur éphémère.
Ils ont raison.

"Je reviens mais ne m'attendez pas."

Ca m'intéresse. Je suis curieux. Je veux savoir. Je le suis. Il continue de marcher. Je ne le perd pas. Il s'engage dans une ruelle. Je ne suis pas loin. Il entre dans un immeuble. Il semble vide. Je fais de même. Il ne me voit pas. Il poursuit sa route. Il ne se préoccupe de rien. Il prend les escaliers. Les couloirs sont sombres. Il connait le chemin. Il est venu plusieurs fois. Cette fois, c'est la bonne. On marche. Il arrive au dernier étage. Je ne suis pas loin. Il est dans une grande pièce. Ce devait être un salon. Il y a de grandes fenêtres. Il s'assoit par terre. Il pleure.

La nuit tombe. Il pleure encore. Cela fait quelques heures qu'il a ajouté à ses sanglots, des lamentations. Je comprends mieux ce qu'il est venu faire. Surtout "pourquoi". Il se lève. Il regarde à travers la fenêtre. Il voit mon reflet. Il ne me mentionne pas. Il appose ses mains sur la vitre, au-dessus de sa tête. Il les laisse aller, glisser. Il recommence. Il se frotte sur la vitre. Je vois sa silhouette bouger doucement. Je regarde rapidement la lune. Haute. Brillante. Il pose son front contre la vitre. Il hésite. Il se remet à pleurer de plus en plus fort. Il hurle des choses incompréhensibles. Encore. Encore. Il frappe la vitre. Il la fissure. Il la brise. Il traverse la pièce, saisit une chaise cassée. Il l'emporte et s'en sert pour dégager le reste du verre. Il la rejette au loin. Elle se fracasse contre un mur.
Il ne saute pas. Il s'appuie sur le rebord de la fenêtre sans vitre. Il regarde au loin, tente de se calmer. Il se met à parler mais je ne comprends pas l'histoire. Il mêle les faits avec ce qui aurait du se passer, ce qu'il aurait souhaiter qu'il arrive. Ça ne veut rien dire pour moi, je ne le retranscris pas. L'important, c'est qu'il est là. Qu'il avait tout préparé, qu'il avait tout envisagé sauf moi. Mais il s'en moque.

Il traverse la pièce pour rejoindre un placard. Il en sort une corde. Il va chercher une autre chaise, la place au centre de la pièce. Au-dessus, il était prévu d'accrocher un lustre assez solide. Il y accroche sa corde, s'emmêle le cou dedans, fait pivoter la chaise, mets quelques secondes à s'en aller.

La corde a fait un bruit étrange lorsque le corps est tombé. Comme une corde qui résonne.

vendredi 10 avril 2009

Hadrien rencontre J.

Il n'habite pas ici. Il passe son temps dans mon quartier. Celui que j'arpente pour me détendre, pour observer les gens, la nature changeante, l'évolution urbaine... Je l'ai remarqué un jour où il attendait à la vitrine d'un magasin, attendant son tour pour commander un paquet de frites. Un vieillard arrivait à sa hauteur. Sans être réellement à sa hauteur mais sans être complètement derrière, Monsieur J. s'était mis en colère. Un commentaire, puis un hurlement et finalement, en pleine rue, devant plusieurs témoins, il s'était mis à agresser verbalement ce pauvre vieux qui avait pour tort de ne pas s'être complètement mis dans la file d'attente.

Près du lac, un groupe de jeunes qui discutaient, dos à un super paysage que je fixais pendant que je m'approchais du bord de l'eau. Au fur et à mesure que je rejoignais cette plage aménagée, j'entends de plus en plus distinctement leur conversation. Avec son blouson en cuir et ses bagues nombreuses, je l'avais reconnu. Il était là Monsieur J. et il n'était toujours pas content. Il était particulièrement énervé par les propos d'un de ses camarades. "t'es trop con. Tu parles comme un philosophe et ces mecs là, j'peux pas les pifrer. C'est qu'des guignols qui parlent de c'qu'ils connaissent pas. J'leur pisse au cul et toi, j'ai envie de t'en foutre une comme c'est pas permis. J'vais t'en mettre une si tu continues !" Quelle idée de parler de cinéma avec Monsieur J. Je commençais à penser qu'il était du genre nerveux à s'énerver pour un rien, se contrariant systématiquement pour des choses futiles. Qu'est-ce qui avait pu déclencher une frustration pareille ?

Monsieur J. partage souvent sur le même trottoir que moi. On se croise. Mon épaule s'en lasse d'ailleurs assez vite. Monsieur J. n'est pas, ce qu'on appelle, une personne délicate. Il n'est pas rare qu'il bouscule les autres passants, affichant un regard noir, préparant déjà une longue tirade entre ses dents dans le cas où quelqu'un oserait lui faire remarquer son impolitesse. Il existe, il est furax et il cherche désespérément quelqu'un pour laisser exploser sa colère. Un jeune, un peu trop grande gueule, certes, mais néanmoins innocent et surtout victime, déjà, d'une bousculade préméditée. Et quelle raclée il s'est pris, gratuitement, pour un rien ? Laissé à moitié mort sur un trottoir, massacré à coups de pieds et de poings devant des témoins démunis, terrifiés par une telle violence et une telle rage. Pourtant, les peureux auront tout de même porté secours et assistance au blessé une fois que la brute a eu le dos tourné.

Le chien enragé est victime d'une maladie transmissible entre animaux mais cet humain, quelle mouche l'avait piqué ? Je cherchais encore des raisons, des explications... On appelle aussi ça des "excuses" pour un tel comportement mais je n'y crois pas. Certains humains subissent le pire et arrivent pourtant à prendre sur eux pour n'offrir que le meilleur. "Ca dépend des gens"... Mais à toujours vouloir excuser, on s'écrase et on tolère l'intolérable. Sarah me dit parfois que je suis trop radical, que j'en attend trop des gens. Alexandre penserait sans doute aussi la même chose s'il n'éprouvait pas un profond mépris pour ses frères humains. J'en attendrais trop d'eux... J'ai sans doute aussi un problème, je ne l'écarte pas. Mais dans l'immédiat, j'ai surtout trouvé un cobaye pour certaines idées que je souhaitais mettre en pratique depuis quelques temps...

J'hésite aujourd'hui. Il est dans un bar mal fréquenté. Je l'ai suivi jusque là. Les bagarres éclatent fréquemment. Des hommes se blessent parfois grièvement mais tout le monde s'en moque. Des rebus de la ville, ceux qu'on ne veut pas avoir dans notre vie, ceux qui nous font assez perdre notre temps, notre énergie ou notre sang. Il racontait ses exploits, s'énervait rapidement contre un auditeur qui doutait de son récit, devenait agressif. Il n'a suffit de rien pour que ça pête. Ils se sont jetés les uns sur les autres, se bousculant, se frappant. Ils étaient plusieurs sur lui. Pas nombreux pour le défendre. J'avais laissé tomber un canif à terre. Ca n'a pas loupé. Le premier qui l'a ramassé n'a pu s'empêcher de s'en servir contre lui. Les autres ne se sont pas écarté. Ils ont continué à l'assommer de coups même lorsqu'il ne remuait plus. Il s'écroulait. Il cherchait un endroit où accrocher son regard. Je le fixais tout en finissant mon verre. Je m'étais éloigné mais j'étais encore suffisamment proche pour qu'il agonise en me regardant droit dans les yeux. Il était effrayé. Depuis très longtemps, il n'avait plus ressenti la peur sous cette forme. Il tremblait. Poignardé aux pires endroits, dans le pire endroit au monde... Personne n'allait s'emmerder à appeler une ambulance ou les flics. J'ai fini mon verre, je suis parti. Lui aussi.

mardi 24 mars 2009

Hadrien rencontre D.

Monsieur D. est un dieu. Il sait beaucoup de choses. C'est un jeune de 21 ans à peine. Il sait pirater des ordinateurs. Il est modérateur de nombreux forums. Il a conçu plusieurs sites internet. Il fait parti d'une communauté de "hackers". Il connaît pas mal de tuyaux. Il est sur tout les fronts. Il maitrise beaucoup d'applications. Les ordinateurs, internet, les trucs illégaux, ça n'a pas de secret pour lui...
... qu'il dit.

Monsieur D. fait pleins de fautes de français. Il a énormément de lacunes en orthographe, en conjugaison, en grammaire. Il suit des cours de français par obligation. Il n'écoute pas ce que lui dit son professeur, il préfère dessiner sans s'intéresser. A la fin de chaque cours, il va se justifier auprès d'elle : "Je suis dyslexique et dysorthographique... Quand c'est pas l'un, c'est l'autre ! J'ai vraiment pas de chance" annonce-t-il avec un grand sourire faussement navré.

Monsieur D. raconte partout qu'il est ailleurs, que son esprit vagabonde, qu'il est un rêveur dont l'esprit s'emballe vite. Une fois lancé, on ne peut plus l'arrêter. Monsieur D. veut être un webdesigner renommé. Pourtant, lorsqu'on lui demande d'apprendre l'utilisation d'outils qui permettent un rendu réaliste, Monsieur D. s'insurge : "j'aime pas le réel ! C'est nul !". Lorsque ses professeurs tentent de lui expliquer qu'un client s'en moquera de son opinion, il reprend de plus belle : "j'm'en fous. Moi j'arrive à faire de chouettes illustrations à partir de rien... Savoir retoucher une photo, je m'en fiche." Monsieur D. est un rêveur qui aime rester bien enfermé dans son petit monde. En sortir le contrarie fortement.

Monsieur D. est à ce point dans son monde, à se forger ses principes, ses codes, ses opinions toutes faites que lorsqu'il se heurte à certaines vérités prouvées et vérifiées, il réagit comme un ordinateur qui s'apprête à déclarer forfait : "Je préfère penser comme je veux."
Ainsi, si vous rencontrez Monsieur D., ne vous inquiétez pas s'il prête un autre sens aux mots que nous autre employons selon certaines définitions. Ne vous inquiétez pas s'il vous raconte qu'il connaît des extra-terrestres. Ne vous inquiétez pas s'il crache et se met à jurer comme un charetier si vous évoquez un nom de personnalité qu'il a décidé de détester... Vous considèrerez ses raisons comme complètement abruties mais pour lui, c'est absolument convaincant et même légitime.

Monsieur D. parle tout le temps. Il commente tout ce qu'il fait. Il aime être le centre de l'attention des autres. Soit pour qu'on soit fier de lui, qu'on l'envie ou qu'on le plaigne. Il est bruyant, renifle, toussote, respire aussi fort qu'un buffle enrhumé. Lorsqu'il est à vos côtés, il est présent pour vos cinq sens. Aucun doute là-dessus... Vous provoquant parfois une nausée à force de renifler et de ravaler le liquide jaunâtre qui se trouvait dans son nez, ou encore de produire ces bruits de bouche que les vieux font lorsqu'ils tentent de rattraper leur bave qu'ils ne contrôlent plus. Monsieur D. est présent et veut le rester. Il aime se sentir exister à travers vos yeux.


Je n'éprouve pas de pitié pour les faibles. Il semble évident qu'il a du passer une bonne partie de son enfance à chercher désespérement les regards approbateurs de sa mère et qu'il s'est senti misérable le reste de cette période mais pourtant, je m'en fiche. Il me pourrit mon air, mon intellect, ma raison. Ma patience arrive à ses limites et pourtant, j'en ai à revendre de cette mythique patience qui a su me distinguer de mes pairs. Mais là, c'en est trop. L'égorger, lui arracher la langue, le noyer dans la vase, lui inverser les yeux, ça serait trop facile.
Je ne sais pas si c'est de la perversité ou mon côté un poil pédagogue mais l'humiliation me semblait être une méthode très à propos. Déverser un flot de paroles sans aggressivité mais qui pointerait là où il a toujours su que ça lui faisait mal. Insister sur mes théories pour voir si ça le touchait et constater que ça le touchait bien. Le voir nier, lutter, pleurer comme une fillette... Il implorait quand il entendait et comprenait -enfin- le sens des mots que j'employais. Il aurait aimé être sourd, celui qui se prétendait un fin connaisseur de musique rock, qui s'envoyait des heures et des heures de mauvaises notes dans les oreilles, si fort que tout son entourage les entendaient également. Désormais, ce n'est pas nous qui retenons entre nos dents des pulsions de rage, c'est bien lui, le petit D., qui retient entre ses pauvres petites mains, son couteau, celui que sa mère lui a offert quand il est entré chez les scouts.

J'avais ouvert les vannes d'un flot de paroles insupportables et il allait bientôt en faire de même avec ses propres veines. Je le sentais prêt à craquer. J'en rajoutais. Je souhaitais vraiment qu'il soit convaincu, au moment de rendre l'âme, qu'il n'était un minable, un imposteur, une petite merde... un parasite. Un coup de spray dans la gueule mon ami et t'arrêteras enfin de me bourdonner dans les oreilles.

vendredi 6 février 2009

La partie de cartes 1/2

Chaque vendredi soir, les cinq se réunissent. Dans la Grande Ville, dans un quartier tranquille, ils louent ensemble un appartement pour leurs parties. Lucas et sa compagne arrivent toujours les premiers. Ils gravissent les escaliers, frappent à la porte. Sarah est déjà là. La table est déjà prête, les enchères ont déjà été apportées. Ils vont d'abord s'installer dans le salon. Vautrés sur le canapé en cuir vert, Lucas raconte combien sa semaine a été pénible. Il a du se trainer à des avant-premières qu'il qualifie de minables, peuplés de gens trop égocentriques pour s'intéresser à autre chose qu'à leur propre présence. Il dit s'être amusé pendant les films, avoir beaucoup ri lorsque personne ne réagissait, avoir repéré une jeune femme charmante. Son amie acquiesçait. Ils allaient aborder ensemble un sujet plus érotique mais Valentin et Mathieu venaient d'arriver.
Ils échangèrent des avis sur les dernières sorties musicales. Mathieu étant dans le métier, il avait tendance à ne parler que de ça. Ils évoquèrent légèrement l'actualité et avant que le sujet ne les enflamme, Sarah se leva pour inciter tout son petit monde à se positionner autour de la table noire qui trônait au milieu de la salle principale.

Sur des petites tables, à côté de chaque joueur, étaient disposés de la nourriture et de quoi se rafraîchir. Devant eux, des notes. Au centre de la table, 5 bocaux.

La partie commença. Lucas, comme à son habitude, affichait un sourire serein. Clémentine le regardait avec admiration, n'analysait même pas son propre jeu, elle regardait son cher et tendre avec l'air le plus niais du monde. Pourtant Sarah savait qu'il fallait se méfier de cette apparence de godiche docile. Clémentine et elle ont joué des parties assez énergiques, à quelques risques d'en venir aux mains. Pour cette raison peut-être que Mathieu surveillait les gestes de Clémentine tandis que Valentin s'évertuait à attirer l'attention de Sarah.
A les regarder tous les cinq, attablés les uns à côté des autres, sans savoir pourquoi, on aurait jamais pu penser qu'ils avaient autant en commun.

Lucas est quelqu'un de soigné. Habillé de manière très sobre mais néanmoins très classe, il est très conscient que l'apparence peut être déterminante dans certaines parties qu'ils jouent au quotidien. Les femmes captent le charme de cet homme dès qu'il pénètre dans une pièce. Elles sont toutes à ses pieds, s'arrachent sa compagnie. Cela n'a pas toujours été le cas. Autrefois, il était l'asocial qui se terrait dans sa chambre de bonne pour écrire des papiers publiés dans la gazette de sa campagne. Aujourd'hui, il est la réussite de la critique culturelle et cela l'amuse beaucoup.

L'apparente fragilité physique et psychique de Clémentine fait d'elle le parfait appât pour tous les hommes férus de belles plantes. Elle est petite, mince et doté d'un regard enfantin. Pourtant, derrière ces yeux innocents se cache une prédatrice hors du commun qui parvient à obtenir tout ce qu'elle désire. C'est une jeune dame à l'intellect très développé qui parvient à anticiper le moindre fait, le moindre geste de n'importe qui, n'importe quand. La manipulation de ses semblables a toujours été une seconde nature.

On pourrait retrouver des similitudes comportementales entre Valentin et Hadrien. Ils disposent tous deux d'un calme olympien. Aucun des deux ne s'emportent facilement. Ils aiment l'Histoire. Ils aiment comprendre. Ce sont d'excellents diplomates. Ils ne se font jamais remarquer et travaillent tout deux dans des milieux où ils n'ont que très peu à faire avec le public.

Autrefois, Mathieu vivait dans un squat avec des amis à lui. Ils s'étaient débrouillés pour installer du matériel afin d'y créer et enregistrer leur musique. Comme pour Lucas, un évènement a changé sa vie et il avait délaissé le hasard des revenus, les aléas de la popularité musicale pour des valeurs sures. Il travaille toujours dans la musique mais crée beaucoup moins qu'avant, faute de temps. C'est un passionné qui se laisse facilement emporter. Sa manie de flanquer des vérités dures à entendre au visage de ceux qui souhaiteraient être sourds a failli lui causer beaucoup de problèmes mais son instinct de survie et sa vivacité d'esprit ont toujours contrebalancé pour lui éviter les pires dégâts.

C'est avec ces joueurs que Sarah avait décidé d'inventer un nouveau jeu. Comme on peut s'en douter, un jeu dangereux.

samedi 20 décembre 2008

Les dindes de Noël

Le claquement des talons. La couleur du rouge à lèvres. Le surplus de mascara. Les cheveux brillants. La couleur de la veste, de la jupe ou du string qui dépasse. Le vernis sur les ongles soignés. La coiffure minutieusement préparée. La façon de marcher, de se baisser, d'afficher un sourire.

C'est la même chose pour les mâles même si les rituels de mise en valeur diffèrent. Ils veulent tous sortir de la masse, se faire remarquer, être différent. Ils souhaitent tous se faire remarquer, qu'on les envie ou qu'on les aime au premier coup d'oeil. Ils se pavanent comme dans les défilés ou dans les émissions à la télé parce que "si ça marchent pas eux, pourquoi pas pour moi ?".

C'était la femme de ménage d'un hôtel qui disait que les personnes qui avaient l'air les plus soignées étaient souvent les plus dégueulasses dans l'intimité. Au sens propre comme au figuré.

Dégueulasse, je ne sais pas. Vides et sans intérêt, y'a des chances. Pourquoi dépenser autant d'énergie et de fric dans des trucs aussi futiles qu'une veste à 800 euros parce qu'elle est "classe" si ce n'est pour camoufler le manque de conversation, d'intérêt ou même d'intelligence ?

Cette fille qui danse au centre de la pièce, entourée de garçons qui la veulent dans leur lit et de filles qui aimeraient être à sa place, c'était l'attraction de la soirée. Et une fois le spectacle terminé, la voilà seule avec sa perruque, ses frou-frou et son rembourrage à se demander pourquoi derrière ce sourire factice, il n'y a pas un réel bonheur qui dure plus longtemps que les attouchements d'un de ses prétendants.

Il est seul aussi l'homme qui sait jouer de ses phéromones avec les demoiselles. Elles sont toutes autour de lui à vouloir le toucher, le caresser, le tripoter, faire mieux que la précédente. Les hommes aussi tournent autour de lui. Peut-être que les non-nominées auront besoin d'être consolées... En attendant, le lit du Don Juan les a toutes connu. Les plus belles en tous cas. Mais le jour venu où il est seul avec sa tristesse, il n'y a personne pour tendre un mouchoir à l'étalon qui se demande "à quoi bon...".

C'est en les regardant que je me rendais compte que nous étions toujours passés inaperçus. Nous étions communs, sans originalité aucune dans l'emballage, que nous étions des fantômes parmi une population faites de strass et de paillettes et qu'au final, c'est notre anonymat qui nous sauvera. Entrer et sortir à visage découvert. Les ringards vaincront car personne ne les remarque. Nous avons toujours été libres de faire ce que nous voulions et personne n'y a jamais trouvé à redire parce que nous étions toujours alliés avec Mademoiselle Discrétion.

Faire profil bas, ne jamais trop en faire, rester dans l'ombre. C'est Hadrien qui disait souvent ça à la Petite mais je n'avais jamais réalisé à quel point c'était vrai et efficace.

Ce doit être les fêtes de Noël qui me font cet effet-là... Marcher au milieu des paumés qui regrettent d'avoir une famille, pure perte de temps dans la recherche de l'autosatisfaction, au moment des fêtes. Regarder comment ils essaient d'accrocher l'oeil sur eux, d'attirer les regards, l'attention alors que tout ce que je cherche, c'est un moyen de départager qui remportera le ticket gagnant. Peut-être la pouffiasse décolorée qui me reluquait au loin et qui n'a pas pu s'empêcher de me bousculer en prétendant de ne pas l'avoir fait exprès, avec un sourire de catin et une expression de chaudasse dans la voix.

Je crois que ce Noël-ci, je vais faire comme les autres. Participer au sacrifice rituel d'une dinde et la partager avec la famille avec quelques sapins comme décor. Après tout, s'il le faut vraiment, adoptons les coutûmes sociales.

lundi 6 octobre 2008

Retour des Morts (-1)

S'il y a bien une chose qui m'irrite, c'est l'arrogance. L'arrogance et l'imposture. Je sais, c'est peut-être mal vu venant de moi.
L'imposture de cet homme se manifeste par le beau manteau "freak", comme il aime le dire, qu'il endosse sur ses épaules d'élitiste fébriles. L'homme vibre lorsque son goût est partagé mais n'hésite pas à cracher sur le système de valeurs de son prochain s'il ne lui est pas identique.
La beauté de son verbe réside dans sa chanson, qu'il n'hésite pas à répéter encore et encore comme un vieux disque rayé. "Je suis un freak (...) je suis tellement ouvert que je ne juge personne". Mais lorsque son prochain a ôté sa garde et montrer ce qui se passe derrière les armes, il rit. Il rit si fort à s'en moquer que le voisin, précédemment si heureux de pouvoir enfin admettre ses "faiblesses", s'en retrouve avec une frustation si intense que son second prénom veut bien laisser sa place pour le terme "Vengeance". Au revoir Jacqueline, Robert, Josephine, Edmond ou encore Clémentine. Bienvenue à toi Vengeance... Ne dévore pas le reste des noms sur cette carte d'identité qu'on souhaiterait conserver.

Mais le voisin se calme aussitôt que le temps a passé et qu'il a repris sa vie, loin de cet odieux personnage.

L'arrogant en rit encore, au téléphone avec ses amis... Le freak avec ses 131 amis. Celui-là même qui se vante partout de ne pas aimer les gens, d'être seul, d'avoir la vanne facile, de faire fuir les gens. Celui-là même qui aime amuser la galerie, faire des choses décalées pour plaire, avoir un avis sur tout pour qu'on le prenne en considération, qui veut savoir qui l'aime, qui le regarde, qui le désire.

Le freak, avec ses 131 amis, n'aiment pas qu'on lui mette le nez devant un miroir. Il n'aime pas qu'on fasse le bilan de sa vie, qu'on lui explique que sa façade ne tient pas longtemps, qu'elle s'écroule dès qu'il s'explique, lorsqu'il récite son poème, celui qui fait classe. Il n'aime pas qu'on lui rappelle que le savoir ne s'étale pas mais s'utilise. Il n'aime pas qu'on lui mette le nez dans sa merde.

Le moulin à paroles a finit de rire et de débiter ses conneries. Il a suffit d'un rien. Le coincer, l'embarquer, l'enfermer, l'épuiser, le sceller. Le plus dur était fait. L'oreille droite, la langue, le nez, les doigts d'une main, la main entière de l'autre côté, le nombril (surtout parce que ça fait longtemps que je n'ai pas vu ce qu'il y a derrière) et un pied. Mais après la confession. Après qu'il ait admis le rôle qu'il joue. Après qu'il ait pleuré comme une fillette et surtout, après qu'il se soit rendu compte à quel point il pouvait être stupide. Mettre ce spécimen face à la bêtise (qu'il a si souvent pointée du doigt sans réellement arriver à la viser directement), c'était le point d'orgue de ma journée...

... mais le téléphone a sonné.


"Oui...
_______ où ça... ?
______________ ... j'arrive tout de suite.
clac."

dimanche 27 juillet 2008

Jeune pousse

J'étais derrière toi dans le bus. Je t'ai regardé rentrer, t'assoir, sortir ton livre et bouquiner en attendant que le trajet se passe. Je t'ai vu réajuster ta jupe, regarder si tes chaussettes étaient toujours à la même hauteur. Je t'ai regarder enlever ta veste, apercevoir le bâtiment des étudiants par la fenêtre, scruter l'horizon à travers le champ qui sépare les deux villes, t'émerveiller devant les arbres qui bordent la grande route.
Je ne sais pas si c'est ta tranquillité apparente qui m'a intrigué ou l'excitation que tu tentais de cacher. Je ne sais pas où tu allais cette fois-ci mais je t'ai vu et je ne t'ai pas lâché.

La fête foraine n'était plus très loin. Le bus a marqué son terminus bien avant ta destination. Obligée de descendre avec les quatre passagers restants. Dont moi. On entendait les musiques, les cris des enfants, le choc des autos tamponneuses. Toi et moi, en direction du cirque ambulant. Se perdre au milieu d'un rêve peuplé de gens étranges et joyeux. Ton cynisme t'a perdu là-bas. Tu ne pensais plus à ces choses que tu aimes faire aux autres. Petite princesse perdue au milieu de nulle part. Le regard calculateur que tu avais en ville t'a lâché. Maintenant, on va pouvoir jouer.

Des reflets te guident à travers le parc. Passer devant la maison des miroirs, le pari du tireur, la pêche aux canards, rien ne t'intrigue plus que cette cabane d'où la lumière rouge sort. Une lumière intense et pénétrante. Découvrir ce qui se cache derrière la porte en bois. Des cheveux à terre, des matières collantes sur les murs. Du rouge, du blanc. L'artifice tombe.

Je t'ai attrapé avant que tu ne pénètres à l'intérieur. Tu avais l'air étonnée et choquée. A quoi pensais-tu en venant ici ? Avoir la paix ? Être seule ? Ne me fais pas rire. Ton existence et tes actes sont calculés pour qu'on ne t'oublie pas, qu'on pense à toi, qu'on te haïsse ou qu'on t'aime, peu importe tant qu'on s'intéresse à toi. Et ne t'inquiète pas, mon intérêt pour tes yeux, tes dents et ton trou béant est bien présent. Tu aimes les jeux dangereux, les heureuses surprises, assouvir ta passion contre quelque chose ou quelqu'un. Chérie, nous avons beaucoup en commun. Par contre, si tu continues de hurler comme ça, je pense qu'on va devoir se passer de tes gestes furieux et de ta voix de poissonnière. J'avais oublié à quel point une fille qui hurle de peur, c'est désagréable quand elle a une voix comme la tienne. J'aime être déstabiliser mais pas par un chant de corbeaux mourants... Je t'ai vu t'énerver sur ces personnes en te cherchant des excuses. Tu ne les connaissais pas non plus, Chérie. Pourquoi je devrais avoir pitié alors que tu as pris tant de plaisir à t'acharner sur des personnes que tu n'as fait que croiser dans ta vie ? La jalousie ? L'ennui ? Là, nos besoins diffèrent. Je détruis ce qui me gêne parce que je suis un nettoyeur. J'aime que les surfaces soient lisses quand je fous le bordel dans les entrailles des gens. J'aime que les draps soient propres quand je viole ta soeur. J'aime que les outils soient brillants pour y voir refléter le sang de ta tignasse ensanglantée. Cette cabane n'est pas une cabane. Ce bois n'est pas du bois. C'est un artifice, un appât pour toutes les petites filles qui s'ennuient et aiment épier les gens pour s'inventer des vies. Pourquoi ? Pour te faire comprendre que ta vie, tu ne l'as vécu qu'au travers des autres. Tu as jouis en imaginant des choses, tu t'es inventé des haines et rancoeurs en t'imaginant des ennemis. Ce que j'aime c'est ce regard exhorbité que tu as maintenant. Tu ne comprends toujours pas que certaines personnes aiment réellement passer à l'acte et que, lorsque ça arrive, tu ne peux rien y faire. Ta "justice" n'est que le fruit de ton imagination mais mon engin te remuant d'en dedans, c'est du concret. Comme le cadavre de ton père dans celui de ta mère. J'espère que tu vois le minutie de mon travail. J'aime aussi le souci du détail, de la mise en scène. A aucun moment tu n'y avais pensé ? Et tu pensais que tu étais la seule à jouer ce petit jeu... Qui je suis ? Je suis ton diable. Celui que tu n'as jamais pensé craindre et qui te sodomise sans préliminaire quand tu ne t'y attends pas.

Le paradis et l'enfer, c'est pour les enfants, pour les inciter à prendre le chemin le plus politiquement correct. Mais nous deux, nous savons que là où je mets mon plaisir dans ta douleur, c'est autant mon paradis que ton enfer. Et pourtant, nous sommes biens vivants tous les deux. Toi, je ne sais pas encore pour combien de temps. Est-ce que tu serais capable de survivre à tes blessures et d'arrêter de te comporter comme une enfant narcissique qui veut encore et toujours de l'attention ? Bien sûr que non. Arrête de pleurer, de toutes façons, je ne fais pas ça pour te juger ou te punir. C'est juste plus jouissif de te voir regretter quand je te maintiens en vie que si tu t'accrochais à l'espoir si je devais t'achever brutalement.

vendredi 30 mai 2008

Bye Bye Gregory !

.

- Alors ? T'en as fait quoi ?

- Je l'ai attaché au bout d'une corde derrière la bagnole. Je me suis mis au volant et je me suis mis à rouler. J'ai varié les vitesses et j'ai profité des hurlements. Le pauvre, il a fini comme un morceau de gruyère.

- Et les restes ?

- J'ai fait ça près d'une ferme porcine. Et les traces le long des routes, j'ai laissé. C'était trop joli.

jeudi 29 mai 2008

Gregory

C'est un homme banal. Il n'a absolument rien de particulier. Il n'est ni beau, ni moche. Ni grand, ni particulièrement petit. Il n'est pas gros, pas maigre ; il est juste normal.

Lorsqu'on se penche un peu plus sur son apparence, on remarque qu'il a un sourire gravé sur le visage. Il a également le même regard qu'un écureuil. Aussi triste que naïf mais néanmoins curieux. Il a des mains frêles avec juste assez de muscles pour vivre en ville. Ce n'est pas un manuel. Mais pas forcément un intellectuel non plus.

Cet homme n'existe qu'à travers les autres.

C'est par la présence de ses amis qu'on le remarque en soirée. C'est par la jeune femme qui lui tient la main qu'on le regarde dans la rue. C'est par son métier et la puissance qu'il a entre ses mains qu'on le jalouse. Lui enlever sa cour, sa femme, son job ? Facile. Il suffit presque de claquer les doigts.

Gregory est dépendant. Il est très conscient que le monde qui l'entoure menace de s'écrouler à cause d'un rien. Il est plus nerveux qu'avant, plus paranoïaque, plus sélectif. Il renouvèle sans cesse son cercle d'amis car un ami, ce n'est pas fidèle. Un ami qui en sait trop et un traitre en puissance. Gregory est un homme qui s'entoure de paillettes pour briller devant son miroir. Gregory va bientôt s'éteindre.

Gregory a cotoyé un peu trop longtemps une jeune femme. Belle, intelligente, subtile, forte et mais docile. Gregory pensait avoir trouver le parfait faire-valoir pour sa petite existence.

Et si je vous disais que tout tourne toujours à la catastrophe à cause d'une femme ?

Une voiture s'arrête devant l'appartement de Gregory. Il n'est pas stupide, il sait qu'il peut avoir des ennemis. Son métier lui permet d'avoir accès à certaines informations, certains secrets. Il peut, grâce à ça, influer sur des décisions qui bouleverseront l'avenir de tout un groupe. Il se prend même parfois pour Dieu, secrètement, sous sa douche, dans son lit, au volant de sa voiture...
Une voiture s'est arrêté devant l'appartement de Gregory. Pas les nombreux "faux logements" qu'il loue un peu partout en ville. Non, celui où il vit réellement. C'est un homme qui sort du véhicule. Il sourit. Levant les yeux vers le ciel pour trouver puis fixer la fenêtre principale de l'appartement de son futur copain de jeu, Alexandre jubile. Il sent le frisson qui arrive le long de son dos. Le jeu va reprendre. Enfin.

Alexandre pénètre dans l'immeuble, vérifie ses poches, l'emplacement de ses instruments, si ses membres répondent toujours aussi bien qu'avant. Il n'a pas opéré depuis plusieurs mois, il n'a pas peur d'être rouillé, juste de ne plus être au sommet de son art.

Il sera 23h lorsque Gregory sera balancé, sonné, dans le coffre de la voiture. Alexandre l'emmène faire un tour à la campagne. Là où personne ne sort la nuit. Un endroit qu'il a étudié pendant plusieurs semaines.

Alexandre se met au volant de la voiture qu'il a "emprunté". Il démarre. Il allume l'autoradio. Il écoute quelques chansons en regardant le paysage défiler. Il jubile. Il se met à sourire. Il est heureux. Et dans quelques minutes, et si Gregory est tenace, pendant quelques heures, l'orgasme ne sera pas loin.

lundi 26 mai 2008

Le Hurleur

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- J'aime découper de la viande -


C'est à peu près la seule chose qui puisse me calmer dans ces cas-là. Quand j'entends cet enfant hurler encore et encore, pour rien. Juste pour exister. Quand je sens le sol vibrer, que mon coeur sursaute lorsqu'une porte claque, j'aimerai l'avoir en face de moi.
Lorsqu'il crie ses caprices et qu'encore et encore il salisse violemment le nom de ses parents, j'aimerai faire couler l'eau et le noyer tendrement en le regardant tout doucement s'en aller.

Jour après jour, semaine après semaine... Mois après mois et bientôt tout au long de cette fichue année, j'entends sa voix, sa présence, sa désobéissance, son arrogance... J'aimerai descendre ces quelques marches et les lui faire oublier.

Je découpe quelques cadavres d'animaux avec mes nouveaux couteaux. Je coupe car j'entends. J'affûte car je vibre. Plus les secousses sont intenses plus l'envie est grande.

Les parents viennent de s'absenter. Ils viennent de fuir. L'enfant n'a pas dix ans. Il est seul dans le grand appartement du dessous. Il hurle parce qu'il a lassé ses parents. Ils sont partis en voiture, loin, pour se calmer. Le père était à deux doigts de lui fracasser sa main dans la tête mais il est parti. La mère voulait se faire couler un bain et a eu de vilaines pensées alors elle l'a accompagné. L'enfant hurle de plus en plus fort. Il passe sa colère, son sentiment de trahison et d'abandon sur les portes, les murs, la vaisselle à portée de main, il a cassé tous ses jouets.
Les parents ont tenté de rentrer déjà deux fois mais l'enfant n'était toujours pas épuisé.
Un voisin est allé voir mais l'enfant l'a insulté, mordu et lui a cassé un vase dans le dos. Il est parti lui aussi.
L'enfant continue de hurler, de crier des insultes, de jurer vengeance. L'enfant n'aura pas dix ans. Pas s'il continue.

Je ne sais pas si j'étais réellement consciente, si c'était un moment de folie passagère ou si ma nature profonde s'est révélée pendant cet après-midi là mais la jouissance était là. J'ai aimé changer de matière. J'ai aimé enfoncer ces lames si belles dans cette peau, dans ces muscles. Ces couteaux sont absolument exceptionnels. On taille vraiment de belles pièces avec. Et elles se lavent si facilement.
J'ai détesté pendant si longtemps l'entendre hurler mais l'entendre hurler sous la douleur lorsque je lui arrachais les joues à mains nues, c'était si bon. C'était comme si, puisqu'il avait une raison, ma raison, il avait alors toute mon attention. Je l'ai entendu hurler avec plaisir quand je lui ai coupé les oreilles et que j'ai arraché sa langue. Il a cessé de hurler. Je ne pensais pas qu'il resterait éveillé si longtemps. Il était vraiment résistant à la douleur ce mioche.


Manque de bol, ce sont les parents qui crient maintenant...

mercredi 23 janvier 2008

Oubliée, oublie moi

Je les veux tous. Ils ne sont pas spéciaux. Ils ont juste le minimum de charme requis. Celui-ci a les cheveux en bataille, une belle gueule et la clope lui va bien. Celui-ci me regarde avec insistance depuis plus d'une heure et n'a pas le courage de venir me payer un verre. Celui qui est adossé au mur discute avec une fille mais n'arrête pas de me sourire. Un autre me frôle en faisant des vas et vient au bar. Je commence à me dire que s'il veut clairement me mettre la main au cul, il n'a qu à y aller... Que s'il ne le fait pas, moi, je vais lui empoigner les couilles fermement histoire qu'il comprenne que celui qui sème, récolte parfois quelque chose. Le grand brun au fond me demande de venir. Je ne sais pas quoi décider même si j'ai l'impression que de toutes façons, j'ai le choix et que même malgré un choix, je peux toujours revenir en arrière.

On joue le rôle qu'on nous donne. Hier, j'étais misérable, abandonnée, sans connaissance, sans amis, sans famille et ce soir, je suis l'impératrice de leurs fantasmes.

Retour à la réalité. Ce soir, je suis fatiguée. J'ai envie de dormir. Mon canapé m'appelle. Un film me tient compagnie et voilà que le cirque commence. Hier, j'ai donné mon numéro de téléphone et "qu'est-ce que tu fais ce soir ?". Maintenant, soit j'assure et je sors. Au risque de rentrer dans quelques jours complètement défoncée par la fatigue, les évènements et le reste. Soit je reste à l'abri dans ma couette, sur mon canapé devant ma télé pour la soirée, au risque que plus personne ne m'appelle avant le prochain plan de soirée. Parce que c'est ça le truc. Trouver un filon et surtout l'exploiter pour toujours obtenir de l'or. Si tu laisses ton filon sur le côté, il t'oublie et t'oublies.

Tiens, à force de glander, je fous rien. J'ai plus trop de thunes. Je me demande bien quoi foutre. Trouver un taff pour remplir le frigo, trouver des morceaux de tissu afin de sortir en tenue "potable".

Le nouveau centre de sociabilisation. Après l'école, le collège, le lycée, la fac, les fêtes, les concerts, internet... le travail. Comment passer 38h par semaine (minimum) à côté de quelqu'un sans lui adresser la parole. On sait tout d'eux maintenant. Ce sont des collègues avec-qui-on-sortirait-bien-un-soir.

Les fêtes, la tribu, ça a du bon. C'est bon. Décision prise : ce soir, je sors. On ne vit qu'une fois. Appel vers P. parce qu'il sait toujours où on peut passer un bon moment avec des gens sympas et de la bonne musique. Ce soir, on sort tous ensemble. Concerts, danses, soirées,...
Voilà que le cirque recommence... Soirée d'extase et demain, on remet ça... Avec ou sans moi.

Petite virée au café du coin. Le barman sait déjà ce qu'il me sert avant même que je lui ai dit bonjour. J'ai ma table, dans le coin au fond. De là, on voit tout. De là, on n'attire que les regards des gens qui cherchent d'autres gens. Y'a ce mec. Il est accoudé au bar. Sa grosse est debout à côté et fait mine de vouloir rentrer. Elle n'est pas ravie d'être là et lui refuse de bouger. Finalement, elle s'arrache en le traitant d'on ne sait quoi. Y'a la jeune femme qui commence à afficher des rondeurs de future mère. Elle est seule. Ses amies ne sont pas encore là. Elle veut de l'attention, parle au serveur qui, pourtant, s'échappe pour prendre une autre commande, tente d'arracher un sourire à l'étudiante dépressive de la table d'à côté. Y'a J., l'étudiant de science-Po qui vient d'apprendre la mort de son pote de primaire. Ca fait longtemps qu'il ne l'a pas vu mais ça le retourne. Il parle tout seul. En venant ici, il espère trouver une épaule pour pleurer et peut-être une aventure pour penser à autre chose. Il y a également trois bandes d'habitués. Ils ne se connaissent pas et pourtant se côtoient tous les jeudis, vendredis et samedis soirs. Tellement absorbés par leur amitié, ils en oublient le reste du monde. Sauf quand l'un d'entre eux s'est fait plaquer ou qu'une des leurs s'ennuie dans le lit conjugal. Là, les regards sortent du cercle à la recherche d'un extra. Généralement, c'est moi.

lundi 7 janvier 2008

L'Ouragan après la sécheresse...

J'avais trouvé un appartement, un boulot, des "amis". J'avais même réussi à garder une relation stable avec un homme. J'avais réussi dans la normalité et je vivais ma vie loin des cris, des massacres, de la peur d'une vengeance fraternelle.

Ca a été dur. Il a fallu refouler beaucoup d'émotions, beaucoup d'automatismes. Mon instinct endormi, j'avais réussi à faire illusion et à paraître la sage brebis que l'on ne soupçonne même pas.


"J'ai enfin trouvé de quoi m'occuper l'esprit. Un job pas chiant, dans l'administratif. Il faut pas mal s'impliquer pour arriver à tout faire mais c'est tranquille dans le sens où ça m'occupe l'esprit plus de 9 heures par jour et où je peux rentrer le soir chez moi sans ramener le travail avec moi.
La société vient de devenir une Société Anonyme. On est à peine dix au bureau et la dernière fois, j'ai vu passer plus de dix mille dollars sur mon bureau. Je n'avais jamais vu de vrais billets dollers US en vrai."

"Ca commence à devenir une ambiance de potes au bureau. On s'entend tous bien. C'est très étrange d'être sociable avec de la sincérité. Ma collègue a une réputation de vrai dragon grognant à la première merde. D'après ce qui se raconte, elle est vraiment insupportable. J'espère pour moi qu'elle va rester calme et sympa. J'espère aussi pour elle.

"C'était extra ! Aujourd'hui, on a été au bowling tous ensemble. C'est l'anniversaire d'un gars du taff. Le plus sympa d'ailleurs. C'était génial. On s'est vraiment très bien amusé."


"Ca fait plusieurs semaines de suite que tous les matins, on descend toutes les trois pour discuter avant de se mettre à bosser. Le dragon, Kate et moi. C'est étrange cette complicité qui vient se former entre trois femmes..."

"Cela fait trois jours que le dragon s'est réveillé. Elle jure, elle hurle, elle rage comme les fous à la télévision. Elle est hystérique. J'ai déjà vu des hommes devenir à ce point fou sous le coup d'une rage qu'ils en viennent à tuer quelqu'un pour revenir à la raison. Je tente désespérément de garder mon calme. J'ai bien peur de ne pas pouvoir me contrôler très longtemps si elle continue de passer ses nerfs sur moi. Je rêve de lui faire subir des choses atroces, des nouvelles tortures auxquelles j'avais pensé avant de tout quitter la dernière fois. Juste pour lui redonner du calme..."

"Une semaine et demie. Je suis sur le point de craquer. Je rêve de la voir pendue au bout
d'une corde, la tête en bas. De lui lacérer le palais, lui arracher les dents, lui planter ses si précieux stylos à billes bleus dans le bout des doigts. De lui couper la langue et lui briser tous les doigts. Lui arracher les oreilles,... Tellement de projets me traversent l'esprit que je me réjouis presque du fait qu'elle devienne incontrôlable."


Je n'ai pas réussi à tenir. L'envie est devenue trop forte. Une telle provocation, une telle invitation au duel et je n'aurai pas répondu ? Jamais. J'aime jouer. Et après une période de sagesse, je crois que mes désirs sont plus violents que jamais. Elle continue de souffrir encore et encore... Maintenue en vie, c'est mon nouveau jouet. Je lui ai donné une bonne raison de hurler.

vendredi 2 novembre 2007

Colère et Impatience

Quelle tête elle a maintenant. J'en ris tellement fort que je crois que ça la déconcentre complètement sur ce que je suis en train de lui faire.


Je l'ai étudié. A son travail. A son club de gym. A la sortie de l'école de ses enfants. Au restaurant avec son "amor". A son travail, hurlant sur ses collègues. Dans son magasin de fringues préféré avec sa copine vendeuse. A la sortie de l'église, remerciant tellement le père André qu'on se demande s'il ne vient pas de sauver une dizaine d'enfants du cancer par simple imposition des mains.
Elle renifle avec son nez de fouine. Cherche les occasions. Complote de la même manière qu'elle le faisait avec ses camarades de classe lorsqu'elle avait 10 ans. "Moi je l'aime pas, faut la faire punir par la maîtresse". Et des caprices à 45 ans. " Ca fait trois mois que je travaille ici, je veux une augmentation !". Et des yeux doux de biches comme à 25 ans. "Vous ne voulez pas m'aider à me tenir les fesses pendant que je me muscle le dos, monsieur l'entraîneur ?". S'insurge comme une victime lorsque "c'est cette femme derrière moi qui a mis ce bracelet en or massif serti de diamants dans mon sac !!! Je vous le jure monsieur de vigile !"

Sauf qu'à trop pousser les autres, ils avaient décidé de ne plus se laisser faire. Alors les portes se fermaient aussi vite que ses charmes n'étaient plus efficaces, que les rides se marquaient, que les seins rejoignaient Monsieur Nombril. Et elle devenait mauvaise.

L'idée ne lui avait même pas traversé l'esprit. Même après qu'elle ait poussé violemment la jeune femme portant son bébé dans les bras parce qu'elle ne descendait pas assez vite du bus. L'enfant et la mère à terre, les deux visages dans des morceaux de verre brisé et cette vieille femme réprimandant encore la mère et l'enfant qui hurlaient trop fort de douleur.

Le diagnostique des médecins pour les deux victimes ? Qu'est-ce qu'elle en avait à foutre de toutes façons ! Depuis quand les jeunes prennent le bus ? Son bus ! Et avec un enfant, il est de bon ton de claquer encore de l'argent dans une voiture. Le bus, c'est pour les gens qui n'ont pas les moyens, comme elle, la pauvre, qui gagne juste assez pour se payer un palace, une piscine et peut-être un cabriolet pour se féliciter d'avoir perdu un autre kilo.

C'est sur que là, pour le coup, elle pourra s'en acheter plusieurs des cabriolets. Mais personnellement, je ne sais pas comment elle va faire pour les conduire. Elle ressemblait un peu à un rat avant. Je ne sais pas à quoi ça ressemble maintenant. Je n'ai pas assez de recul par rapport à ce que je viens de faire. Je me demande juste si je continue, si je la laisse comme ça, si je l'achève... Je vais juste regarder si elle n'a pas sa barre chocolatée préférée dans son sac et après l'avoir mangé, je prendrais une décision.

Ce soir

Son manteau. C'est son manteau, j'en suis sure. C'est pas vrai. Il est venu ici. Il l'a laissé rentrer chez nous malgré la conversation de la dernière fois. Il a pénétré notre intimité et bien sûr comme toujours, ça ne fait rien à cet homme en qui j'avais placé toute ma confiance.

C'est son manteau. Il a sûrement été dans la chambre, été jusque dans la salle de bain où nos sous-vêtements traînent. Je n'arrive pas à croire qu'il a fait ça. Je lui avais dit qu'après tout ce qui s'était passé, j'avais besoin de temps. De temps pour me remettre et il fait revenir ce déséquilibré chez nous. Dans notre maison. A croire qu'il gagnera toujours. Il reviendra toujours. Ce ne sera jamais chez nous. On n'aura jamais la paix. Que faut-il que je fasse ? Que je parte en douce ? Que je les abandonne tous les deux puisqu'ils s'entendent si bien ?

C'est son manteau chez nous. J'hallucine trente secondes. Le temps de saisir cette chose et de réaliser, d'imaginer la journée d'aujourd'hui entre ces murs. De me rendre compte de la trahison que ça signifie. De la confiance qui s'évapore par chaque parcelle de peau qui me couvre. J'imagine son rire gras dans la cuisine, son étonnement sur la vue qu'on a au balcon. Je vomis ses réflexions stupides, le manque de consistance de son avis, l'inutilité de ses propos. Mais surtout je me rends malade en pensant qu'il a inspecté ma bulle, qu'ils sait "comment c'est chez moi", qu'il sait où je vis, qu'il sait à quoi ressemble ma chambre, qu'il a bu dans un des verres que je porterai probablement à mes lèvres, qu'il a envié des objets que j'ai acheté avec mon amant. Je voudrais, à cette seconde, le pousser du balcon, le noyer dans la baignoire, lui faire manger la merde que je chie tous les matins.

C'est son manteau chez moi. Après le harcèlement, l'omniprésence de son regard, sa perpétuelle demande d'attention, ses pleurs quand je ne lui adressais aucun regard à trois heures du matin, moment préféré de mon organisme pour faire pipi. Et là, il revient. Il va tout tenter pour avoir droit de visite, droit d'entrer, droit de s'incruster, droit de décider, de séjourner et de me demander des comptes.

Je ne dis rien. Je repose le manteau. Je doute mais je réfléchis. Ce n'est probablement pas le sien. Je deviens juste folle et parano. Comme lui. Il a ce qu'il veut ce taré congénital. Je vais le pousser à ne plus revenir, à comprendre que la prochaine fois qu'il pose la main sur notre porte d'entrée, ce sera la dernière parce que je la lui couperai avec mon nouveau hachoir de cuisine. Que je testerai les recettes de cuisine de Monseigneur Lecter. Que ses "amis" ne se forceront plus à le supporter tous les soirs jusqu'à l'aube.

Je ne dis rien. Il y a probablement une raison. C'est peut-être un oubli de la part de mon compagnon. Oublier de me dire que la personne que je hais le plus au monde est passé à la maison. Oui, probablement. C'était juste pour que je ne m'emballe pas. Il ne me l'a pas dit parce qu'il savait que j'allais être furieuse. Et il avait raison. Parce que je suis furieuse. L'autre crétin gagnera toujours. Faible comme une larve, il rampera comme un chien pour avoir un semblant de reconnaissance auprès des personnes qui l'estime le moins.

L'estime. Oui, c'est ça qui manque. C'est ça qui fait qu'on peut réellement supporter quelqu'un. Comme John qui s'est comporté comme un salaud mais qui avait de la consistance. Son intelligence lui a permis de s'en sortir avant que je comprenne tout et j'admets à posteriori qu'il a bien joué. Ce fils de pute mérite un peu d'estime pour l'atrocité de son geste et la minutieuse préparation de son jeu. De l'estime, j'en ai pour les gens qui s'en sortent malgré tout, pour les assassins qui avaient préparé quelque chose. Bien sûr, un crime commis sur un coup de tête ne révèle qu'une basse pulsion humaine. Ainsi, je ne vois pas où est le beau de l'acte. Mais la préparation. La mise en place. La mise à mort. Le côté théâtral... Mon dieu mais cette chose n'a rien. Rien pour plaire. Rien d'extraordinaire. Il est d'une telle banalité, d'une telle platitude que c'en est vexant.

On va faire un petit tour de magie, ça règlera le problème.

vendredi 2 février 2007

Une nuit d'ennui

Je posais ma main sur mon cou. Sur le côté. Je sentais le sang circuler, mon pouls battre. Je sentais comme un potentiel d'art si j'arrivais à trouver la force de me trancher la gorge. Mais le hic, c'est que j'aimerai rester entière. Sans faille, sans blessure. Ca me fait penser à un morceau de cadavre frais qui, à peine arracher à son propriétaire, se transporte, se love, se déploie dans ma gorge. Ca me donne faim de voir tout ce sang par terre. Je crois même que ça m'excite
Lorsque je le vois, je sens l'animal m'envahir. J'aimerai avoir les dents assez aiguisées pour les lui planter dans la chair. J'aimerai le regarder mourir en buvant son sang. J'aimerai sentir son sang exister à travers moi.
J'en ai barbouiller partout sur mon mur. Partout sur le miroir. Ca donne une belle ambiance je trouve. Tout rouge et jaunâtre. On se croirait dans ces scènes macabres et glauques de films soit-disant intellos qui se révèlent seulement être des films à gros budgets pour des moutons qui se prétendent cinéphiles avertis. C'est beau la naïveté dans le coeur de celui qui croit. On en mangerait. Enfin moi réellement.
Je me rappelle hier soir, lorsque je marchais dans les rues, me couvrant le visage avec mes cheveux, je ne voulais pas qu'ils me voient. A travers mon regard, la traduction de leurs lignes dans ma tête, j'avais envie d'eux. Il y avait ce jeune homme qui attendait sa promise, laide qui plus est, mais sa promise quand même. J'aime beaucoup son visage et ses vêtement qui flottent avec le vent. Surtout son manteau. Son long manteau. J'en veux un comme ça. Comme cette peau si claire et si parfaitement nettoyée et mise en valeur. C'est vrai qu'on en mangerait.
Cette place est si grande et si ouverte qu'on peut voir absolument tout le monde. On peut espionner tout le monde. C'est ça le plus excitant, espionner et l'être également. On se croirait dans une maison d'échangisme. Tenter de croiser le regard de celle en qui on enfoncera son humeur. Sur cette place, c'est pareil. Tout le monde se regarde sans se voir et s'envie. Mais tous attendent quelqu'un. Mais s'il ne vient pas... S'il ne vient pas, il reste le grand méchant loup.
Le jeune homme l'attend, encore et encore et il s'énerve. Il s'en veut d'avoir tant espérer. C'est beau la trahison. La trahison se paie, mon ami. Souvent plus cher que le prix que tu as misé pour l'accomplir. Et le résultat, c'est la vengeance aveugle et puérile. La vengeance cruelle et brute.
Son regard, je l'ai capté. Il sera mien ce soir. Il suffisait de quelques secondes et j'avais déjà sa main dans la mienne, le guidant vers une ruelle menant à un appartement vide dont j'avais subtilisé la clef.
Son parfum dans l'air, ma main sur son torse, nos regards l'un dans l'autre. Et la musique qui venait du quatrième étage. Une violoniste qui jouait sur la musique de sa chaîne Hi-Fi. J'ai enfoncé ma douleur dans sa gorge. Mes doigts sur son cou, se baladant dans ses cheveux. L'excitation ne m'aidait pas à tenir debout, bien au contraire. Il m'a fait basculer par terre. Il m'a demandé mon prénom. Quelle naïveté, lui dis-je, crois-tu réellement que tu aies besoin de savoir qui je suis pour que je t'emmène au septième ciel ? Le principe de ne pas se donner à un inconnu. Ta main dans la mienne, chéri, tu étais déjà fini.
Hier soir, sur le sol, des preuves, nos ADN partout. Les tâches de rouge sur les tâches de blanc. J'emporte avec moi le cœur de l'abandonné. Ca lui apprendra à la promise de ne pas se pointer quand on le lui demande gentiment.
J'ai réellement bon goût, cette veste me va très bien. Comme taillée sur mesure, juste pour moi. Les vestiges matériels des ballades nocturnes rendent la vie bien plus jolie. La vie et moi bien sûr.

mardi 23 janvier 2007

Alors qu'il ne bouge pas...

C'est un coup d'Alexandre. Ou peut-être même de Sarah. Ils étaient jaloux. C'est forcément eux. Ils ne pouvaient pas supporter qu'elle m'arrache à eux. Qu'on ne soit plus tous les trois, qu'elle existe, que je l'aime, qu'elle m'aime aussi, que je ne la massacre pas comme les autres. Alexandre ne comprendra jamais ce rapport à l'autre et Sarah... Sarah... Mais qu'est-ce qu'on pourrait bien lui demander de toutes façons, elle qui n'a jamais aimé que sa petite personne. Ca l'arrangeait bien de nous suivre, elle est encore plus pourrie de l'intérieur que nous. Je suis sur que c'est elle qui l'a tué. Elle qui a organisé tout ça. Elle qui m'a trahi. Elle a sûrement pensé que c'est moi le traître. Mais comment a-t-elle pu imaginer un plan aussi horrible ? A qui elle a fait des avances ? Qui a-t-elle manipulé pour nous faire venir dans cette chambre là ? Comment elle savait ? Elle aurait joué avec notre inconscient à tous les deux ? A moi et ma ... Marla ? Je n'arrive pas à imaginer qu'elle ait pu faire une chose pareille. Mais si elle croit, cette petite garce, que parce que les liens du sang nous unissent je vais l'épargner, elle se trompe. Je vais la liquider au sens propre du terme. La réduire à néant. La faire bouillir dans de l'acide, la faire bouffer par les porcs,... En fait, il faudrait trouver une mort affreuse et sadique, à la hauteur de son génie et de sa perversion. Histoire de lui rendre hommage. Je pourrai faire ça avec Alexandre. Il aura des difficultés mais il le fera. Parce qu'après tout, elle n'est pas comme nous. Elle ne vient pas de la même souche. Elle est une copie. Il faut se préserver. Alors je verrai avec Alexandre pour la finir lorsque j'en aurai assez de la torturer. Cette salope...

vendredi 22 décembre 2006

Doutes et Découvertes

Extrait du journal de Sarah :

19 août. Cela fait plus de deux mois que je n’ai rien noté dans ce journal. Beaucoup de choses à raconter donc. Je suis dégoûtée par le genre humain. Je trouve ça déplorable à mon âge mais c’est le cas. Les meilleures amies d’enfance me tournent le dos ou ne trouvent d’intérêt à ma conversation que pour pouvoir approcher mes frères. Les hormones commencent à faire effet. Maman m’en avait parlé. L’âge ingrat. L’âge où t’as des boutons pleins la gueule, où ton « corps se transforme, ce n’est pas sale, blablabla ». C’est surtout l’âge où tu te rends compte que tes proches sont tous des hypocrites nombrilistes qui ne pensent qu’à leur intérêt personnel. L’âge où tu peux faire le tri entre les pétasses et les fils de pute. Comment ai-je pu être si idiote ? Croire que parmi ces attardés, je pourrai me trouver un ami ? C’est là que je me demande si les seuls qui méritent mon intérêt ne sont pas mes frères… Mais ils sont obligés, ils sont mes frères… Ca me tue. Ne pouvoir faire confiance à personne. Savoir qu’il est ridicule de vouloir se faire un véritable ami. La télévision montre des gens fidèles mais ça n’existe pas. Ils sont fidèles à leurs ambitions. Les vacances m’ont fait du bien. Je prends note des saloperies de cette année. Faire l’ermite n’y changera rien. Mieux vaut encore que je reste liée à ce monde de connards. Peut-être y trouverai-je quelques jeux intéressants à mettre en place ?

Extrait du journal d’Hadrien :

19 août. La petite fait la gueule depuis le début des vacances. C’est chiant ! Alexandre et moi tentons de la faire sortir mais rien ne l’intéresse. Elle reste presque inanimée, subissant ce qui l’entoure. Maman nous dit de lui foutre la paix mais je pense pas que ça lui rende service. Il faut qu’elle se change les idées. On pensait l’emmener à la fête du petit village à la fin de la semaine. Maman va râler si elle l’apprend. C’est pas Sarah qui ira nous balancer, inerte comme elle est. Alors, on va l’emmener. Ca lui fera du bien de sortir. Ca a beau être une gamine, je pense qu’elle comprend nettement mieux le monde que ces copines nymphos… J’espère qu’à la rentrée, elle va arrêter de traîner avec ces greluches. Elle est si intelligente que ce serait dommage que ces connes soient contagieuses et qu’elle gâche son potentiel.

Extrait du journal de Sarah :

22 août. Les garçons m’ont emmenés avec eux à une fête plus que ringarde. Malgré le côté très bouseux, je dois dire que je me suis beaucoup amusée. On est arrivée donc à la salle des fêtes, il y avait des jeunes qui étaient là visiblement pour se montrer. C’était vraiment à hurler de rire. Ils se pavanaient avec leur clope au bec, la cachant dès que Papa Maman étaient dans les parages. Hadrien est resté avec moi toute la soirée. Alexandre a entendu dire qu’il y avait un concert pas loin alors il s’est tiré. On ne la revu qu’à trois heures du matin. Il était dans un état second. On aurait dit qu’il avait pris de la drogue. Hadrien lui a passé un savon. Je crois qu’Alexandre a fait une connerie. Pour le moment, j’en sais rien. Donc on était à la fête pendant qu’Alexandre était parti. Hadrien m’a fait dansé, m’a présenté à certains de ses potes, m’a raconté des trucs bizarres sur la destiné. Il tient de tels propos parfois que j’en viens à me demander s’il n’a pas intégré une secte. Toujours est-il que j’ai fait la connaissance de Billy. C’est un garçon qui se la joue beaucoup. Il se donne un genre. Il se prétend bisexuel mais ça se voit qu’il est vraiment hétéro. Il fait parti de ces gens qui subissent les modes. Si le fait de se teindre les cheveux en rose devait être considéré comme rebelle, il le ferait. Victime et esclave des préjugés. Le pauvre. Ma petite taille due à mon âge l’a fait rigoler. Pourtant, lorsqu’on était seuls tous les deux, qu’on a discutés, il a été surpris. J’adore quand les gens pensent que du haut de mes 1 mètre 45, je ne peux être qu’une jeune conne écervelée. Il a pris mon numéro de téléphone. Il m’a déjà rappelé. Si jamais ce connard veut me serrer, je lui colle les flics au cul. On n’est jamais assez prudent. Mieux vaut anticiper les coups de pute. Même de la part d’un pote d’Hadrien. Bref, ce mec me semble tout à fait sympathique pour le moment. Il a beau être formaté, il a un brin de jugeote. Il admet ses torts (ce qui n’est pas donné à tout le monde). Il cherche à comprendre, il réfléchit, il ne semble pas tout prendre pour acquis. Pour un mec de 17 ans, il se sert de son cerveau. On verra bien par la suite si je vais être déçue ou non.

Extrait du journal d’Hadrien :

22 août. Sarah a fait copain copain avec Billy. Je n’aurai jamais cru que ce connard pourrait s’amouracher d’une nana si jeune ! Je compte quand même le surveiller. Il a l’habitude de tripoter tout ce qui bouge. Si jamais il touche à ma sœur, je crois qu’Alexandre ne va pas lui laisser longtemps l’occasion de respirer. D’ailleurs en parlant d’Alexandre. Hier soir, pendant que je suis resté avec Sarah, il est parti à un concert. Lorsqu’il est revenu, il m’a raconté ce qui s’était passé. Je n’arrive pas à croire que ce connard soit passé à l’acte. Je n’arrive pas non plus à croire que je semble cautionner ses crimes. J’étais heureux de le voir revenir avec du sang sur le corps. Mon dieu, il était couvert de sang. J’ai cru qu’il avait été saigner un cochon du père Marriot. Il a du bol que personne ne l’ait vu. Enfin Sarah l’a vu. Mais elle n’a rien dit. Je pense qu’elle n’a pas compris. Il n’a pas fini de me raconter mais il me semble qu’il ne se soit pas arrêter au concert.

vendredi 1 décembre 2006

Arthur

J'ai rencontré Marla il y a environ un an. On s'est tout de suite très bien entendu. On était très complice même si parfois on s'engueulait pour des conneries... Je ne suis jamais tombé amoureux d'elle mais j'avais constamment envie de la protéger. Il ne s'est jamais rien passé entre nous, que les choses soient claires. On se confiait l'un à l'autre tous les soirs. Quand on ne pouvait pas se voir, on s'appelait. Je crois qu'en un an, on n'a jamais oublié de se donner des nouvelles... Tu t'attends à ce que je dise "sauf ce soir-là". Mais arrête trente secondes ! La vie ne se passe pas toujours comme dans un épisode de ces séries débiles qui passent à la télé ! La réalité est parfois même pire que ça. Les méchants ne sont pas punis et les bons n'ont pas une vie heureuse... Sors toi les doigts du cul sinon, c'est vraiment pas la peine de lire la suite.
Donc je disais que Marla et moi, on avait une complicité sans limite. Un soir (oui, là, ça fait cliché, je te l'accorde), elle m'appelle et me dit qu'elle a rencontré un mec extraordinaire, qu'ils ont eu le coup de foudre tous les deux, qu'elle n'aurait jamais imaginé aimer quelqu'un si vite et si intensément. Mon rôle d'ami tente de la ramener à la raison mais bon, les filles, quand elles sont sur leur nuage, rien n'y fait. Et tous les jours, on s'appelle et tous les jours elle y va de son petit couplet sur Hadrien... Un mec adorable, intelligent, drôle (mais pas tout le temps) et qui la gâte. J'admets avoir été un peu jaloux parce que du coup, on se voyait moins. Il n'y en avait que pour lui. Mais au bout d'une semaine, j'y ai repensé. Elle a le droit d'être heureuse après tout. Alors j'ai arrêté d'être con et j'ai fait des efforts.
Et elle me l'a présenté. Et c'est vrai que c'est un mec bien. Y'a pas à dire, elle n'était jamais tombé sur un mec aussi bien. On est même devenu potes. Pas des amis mais disons qu'on s'entendait bien. On a été à des concerts avec lui et c'était pas trop mal. Je pensais que c'était un mec un peu coincé qui se prenait au sérieux. En fait, il a l'air comme ça. C'est la réputation qu'il a. Ce mec sait se lâcher. Il est même monté sur scène le soir où il y a eu un mort. J'sais pas si vous en avez entendu parler mais une nana s'est faite assassiner pendant qu'elle faisait un slam. C'est horrible. Y'avait du sang de partout il paraît. Nous, on n'a rien vu, on était parti avant.
Mais je sais pas pourquoi, je le sentais pas. C'est vrai qu'il était sympa, qu'il était adorable avec elle, qu'il la protégeait... En plus, c'était un mec bien ! Sans parler du fait qu'il était avec elle. En tant que personne, il était extraordinaire. Mais quand elle a oublié de m'appeler un soir, puis deux, je me suis inquiété. Et lui, je n'avais pas de nouvelles et comme elle commençait à perdre sa petite étincelle dans les yeux, j'ai tout de suite pensé que c'était lui. Alors je suis allé chez lui. Je me suis posté devant chez lui et j'ai attendu qu'il sorte. Je lui ai cassé la gueule quand il a dit qu'il ne la connaissait pas, qu'il s'en foutait d'elle, qu'il était pas du genre à s'enticher d'une pute en rigolant. Je l'ai cogné tellement fort. Il y avait le sang de sa sale petite gueule partout sur le bitume, sur le trottoir. J'étais tellement énervé que si sa soeur n'était pas sortie pour me menacer d'appeler les flics, je l'aurai sûrement tué.
Je me suis cassé, suis allé chez elle, sans réponse, sans savoir où la trouver. J'ai attendu qu'elle rentre, qu'elle appelle, qu'elle revienne... J'ai attendu pendant des heures... Je n'ai pas dormi de la nuit. Je voulais aller à sa recherche mais pour aller où ? Le lendemain matin, je suis allé chez moi. J'ai dormi un peu sur le canapé. Et puis la soeur de l'autre est venue. Elle a gueulé que j'étais qu'un connard, que je devais me renseigner avant de frapper les gens, que c'était pas Hadrien et qu'il fallait vraiment être un abruti et une brute pour ne pas s'en être aperçu... Quelle connasse ! Me faire croire que c'était pas Hadrien ! N'empêche qui lui ressemblait bien ! Il a pas de frère jumeau que j'sache !
Je la trouve culottée ! Elle rentre chez moi, me tape un scandale parce que j'ai un peu abimé son frère et tout en me traitant de monstre, elle me fait exploser la cervelle avec un fusil... J'voudrais bien savoir qui est le plus barbare des deux !

mardi 21 novembre 2006

Le petit oiseau est sorti

Icare est dans la chambre de son fils. Auparavant, il a monté les escaliers, les bras portant le linge que son fils a oublié de remonter la veille au soir. Ranger le salon et remettre à sa place les choses qui doivent y être. Icare a du temps devant lui ce matin, il est en congé. Il avait hésité avant de rapporter les affaires dans la chambre de son fils car, comme il l'avait enseigné à ses enfants, ils devaient se débrouiller et ne pas compter sur leurs parents. Son épouse aime tenir sa maison en ordre et ses affaires délaissées n'allaient tout de même pas provoquer un scandale mais il était préférable qu'elles soient remises à leur propriétaire. Alexandre allait rentrer tard ce soir. Il a son entraînement de sport avec son frère. Icare ne sait même plus ce que font ses fils. Du tennis ? Non, ça c'était lorsqu'ils étaient au collège... Du foot ? Non, ils n'aiment pas beaucoup le football... Oh, il ne sait plus mais tant que ça leur permet de se sentir bien dans leur peau et que ça entretient leur forme, quelque soit le sport, il les soutient, comme toujours.

Icare est dans la chambre de son fils, Alexandre. La pièce est rangée et propre. Le lit est fait, chaque chose est à sa place. Sur les murs, il y a des dessins qu'Hadrien et Alexandre ont faits ensemble. Les murs sont pourtant d'un blanc presque immaculé en-dessous. Il y a pourtant quelque chose qui attire l'oeil du père. Quelque chose qui dépasse. Oui, qui dépasse... Qu'est-ce que c'est ? Une photo ? Intrigué, il s'approche de la commode, là où on range les sous-vêtements, et saisit la photographie. Il la regarde. Son visage ne se modifie pas. Neutre avant, neutre après. Il reste immobile à contempler la photo. Qu'est-ce que ça signifie ? Vais-je devoir me mettre en colère ? Il entrouvre la bouche, laisse échapper un soupir, ferme les yeux, continue de tenir cette photo entre ses doigts. Ce moment va devoir s'arrêter. Icare. Il faut que tu fasses un mouvement. Fais quelque chose. Il rouvre les yeux sur la photo. Verse une larme. Il la remet dans le tiroir de la commode. Il s'arrête de nouveau. Referme les yeux afin de libérer une deuxième larme. Une boule commence à se former dans sa gorge mais il ne la veut pas cette boule. Il fait enfin un pas. Vers la porte. Hésite. Et si je regardais à nouveau pour vérifier ? Non. Il se dirige vers la porte. Il sort.

Icare était dans la chambre d'Alexandre. Il dévale les escaliers, cherche sa femme, ne la trouve pas. Elle est probablement dans le jardin. Qu'est-ce que je fais ? Je vais lui en parler ? Non, ça la tuerait ! Elle... Elle ne comprendrait pas. Verse toi un verre d'eau et réfléchit. Nom de dieu mais qu'est-ce que cette photo foutait là ? Qu'est-ce qu'il peut bien pouvoir foutre avec ça ? C'est quand même pas lui qui l'a prise ? Non. Ce n'est pas possible ! Il faut que je sorte. Vite, le tableau sur le frigo. "Je suis parti faire une course. Bisous." Voilà. Ca suffira pour qu'elle ne s'inquiète pas trop. Claque. La porte.


Icare s'en va. Il court à sa voiture. Il l'ouvre, se place à l'intérieur, referme la porte derrière lui, à clef. Il respire en regardant le tableau de bord. Il met le contact. J'ai assez d'essence. Mais assez pour faire quoi ? Pourquoi j'ai regardé ? Pourquoi... Bon, avance, on verra plus tard. Icare sort de l'allée, tourne à droite et s'en va faire un tour dans le village. Il passe devant la mairie, l'école, la grange. Il sort du village. La ville s'offre à lui derrière ses verts pâturages. Il roule et se demande brièvement s'il va mettre de la musique. Tout ce qu'il y a appartient à ses enfants. Oh et puis non. C'est pas le moment d'avoir un accident en regardant dans la boîte à gants. Mon vieux, t'aurais mieux fait de regarder avant, maintenant, c'est trop tard. Les premiers immeubles. La ville. Ce n'était pas une bonne idée. Il va y avoir beaucoup de circulation et des feux rouges. Fais demi-tour. Il ressort de la ville. Les chemins de terre. Oui, ça c'est une meilleure idée. On va aller faire un tour dans les chemins de terre. Au moins, il n'y aura personne. Il s'engouffre dans le premier chemin qui s'offre à lui. Au bout de quelques kilomètres à avancer dans la terre, la boue, les cailloux, il s'arrête. Personne ne le trouvera ici. Il sort de la voiture. Referme la porte et s'arrête. Il pose la tête sur le toit de la voiture. Il pleure. Il prie l'impossibilité de ce qu'il redoute.

Icare s'en est allé. Il revient à sa voiture. Une petite ballade pour oublier cette image. Il a ramassé quelques plantes, quelques herbes. Il a trouvé des bouts de bois assez joli pour faire une canne pour sa femme. Icare est un manuel. Il se dirige d'un pas beaucoup moins lourd vers le coffre. Il paraît avoir pris du recul face à ce qu'il avait découvert dans la chambre de son fils. Il fouille dans sa poche, trouve les clefs, ouvre le coffre. Il pousse la bâche, le bidon d'essence, le sac que Sarah a encore oublié et les bouteilles d'eau dont Elisabeth a repoussé le transport jusque dans le cagibi au lendemain. Il y a de drôles de tâches dans le fond. Il ne les avait jamais remarqué. C'est comme poisseux par endroit, plus foncé et très sec à d'autres. On dirait de la peinture. Ca aurait un lien ?


Icare reçoit comme une claque. Il rentre. Il agit comme si le monde allait s'écrouler. Il se dépêche de retourner dans son foyer, de trouver Elisabeth, Hadrien, Alexandre et Sarah. Il n'avait pas pu rêver et il fallait qu'il sache. Cet homme n'est pas adepte de la politique de l'autruche. Ses garçons n'allaient pas rentrer tout de suite.


Icare a reçu une claque. Il était allé voir Elisabeth, toujours les mains dans la terre à s'occuper de son jardin. Elle s'évertuait à faire reprendre les plantes que d'anciens voisins lui avaient offertes pour la gentillesse qu'elle avait témoigner à leur égard en leur faisant part de son chagrin, du fait qu'ils déménageaient. Elles manquent d'engrais, ce doit être ça, pensait-elle en entendant les pas d'Icare fouler le sol. Il y a un problème ? Ca ne va pas ? Elle le regarde, inquiète. Me faire part de quoi ? Pourquoi ta voix tremble ? ... Comment ça, c'est peut-être rien ? Tu vas me dire ce qui se passe à la fin ? C'est Sarah ? Il lui est arrivé quelque chose ? ... Quoi ! Alexandre ? Il est à l'hôpital... D'accord, je me calme. Je t'écoute. ... Oui. ... Je vois. Ce n'est pas "tout" ce que ça me fait mais enfin tu n'es pas naïf quand même ! ... Bien sûr que cette photo est à Alexandre. ... Je suppose.
La question ne se pose pas. Le choix est fait depuis très longtemps. Il était évident qu'ils en arriveraient là. C'est juste terriblement dommage qu'elle doive se servir d'Icare pour redonner un coup de fouet à son jardin. Un peu fleur bleue, Elisabeth pensait : "Finir cette histoire à coups de pelle... J'aurai pu trouver mieux".

mardi 10 octobre 2006

Thanatos pour deux

A 16 ans, je me suis faite tabasser. C'était un mec vexé. Il m'avait fait des avances à une fête. Enfin c'était la première fois. Par la suite, il a continué. Ca avait viré à l'obsession. Apparemment, c'était moi et rien d'autre. Il se postait à la sortie de mes salles de cours pour me demander si on pouvait se voir le soir. A chaque fois, j'essayais de décliner gentiment. A chaque fois, il revenait. C'était épuisant. J'en ai parlé à Hadrien en lui faisant promettre de ne pas en parler à Alexandre. Alex aurait pu le tuer juste pour avoir posé les yeux sur moi. Hadrien a un peu plus de jugeote. Attention, je dis pas que je trouve Alex stupide mais disons que des fois il est très impulsif. Je voulais régler cette histoire toute seule donc j'en ai juste parlé à Hadrien pour qu'il me donne des conseils ou qu'il sache où trouver un responsable au cas où il m'arriverait quelque chose.
Le mec a pas arrêté de me coller. Il se foutait à la table derrière moi quand je mangeais, il me suivait quand je rentrais chez moi. Et à chaque fois, soit il me surveillait, soit il venait pour discuter, pour me demander si le soir j'étais libre. Au bout de trois semaines, j'en ai eu marre. Je l'ai envoyé chier en lui disant qu'il n'était pas pour moi, que je n'étais pas pour lui, qu'il ne fallait pas qu'il perde son temps avec moi et qu'il fallait qu'il me fiche la paix parce que j'avais l'impression d'être harcelée. Il a prétexté qu'il fallait absolument qu'il m'ait, que l'on soit ensemble. Je sais même pas s'il se rendait compte à quel point il était dérangé !
Ce connard s'est pointé à une fête où il n'était même pas invité. On était chez Alyssa. Elle a une grande baraque. Enfin voilà quoi, c'était une fiesta sympa entre potes du lycée qui avait eux-même ramené des gens mais on savait qui devait venir et lui n'était pas prévu au programme. Je l'ai vu arriver dans la cuisine. J'y étais avec un mec qui me plaisait à l'époque. Y'avait un pote à lui et tous les trois on discutait. Il s'est pointé, a voulu s'incruster dans la conversation. J'ai prétexté que je devais retrouver Alyssa dans le jardin pour me casser et le laisser avec les deux autres mecs. Même s'il y avait ce mec mignon, c'était pas une raison pour supporter la présence de ce taré. Je me suis donc éclipsée. J'étais dans les escaliers pour rejoindre la salle de jeux du frère d'Alyssa où il y avait les manteaux et les sacs pour récupérer mes affaires et me tirer aussi discrètement que possible. J'ai vu qu'il était derrière le mur du couloir et qu'il me regardait monter. Il n'y avait que deux personnes, qui étaient occupés dans la chambre des parents, à l'étage. J'ai chopé mes affaires aussi vite que possible pour pouvoir redescendre en vitesse mais il était là. Il était monté. Il me regardait avec un air malsain. Et il s'est jeté sur moi. Il a voulu me forcer à lui céder. J'ai pu me dégager en lui foutant un coup sur la tête avec la grande lampe à côté du meuble à jeux vidéos. Je lui ai dit qu'il allait le regretter et je suis partie.
J'ai raconté à Hadrien ce qui s'était passé. Il m'a dit que probablement il n'en resterait pas là. Je pensais qu'il allait avoir peur que je raconte cette histoire aux flics, qu'il allait me foutre la paix. Hadrien voulait qu'on en parle à Alexandre.
Le lendemain, à la sortie des cours, il était là. Il me regardait m'éloigner du lycée à pied. J'ai cru qu'il ne m'avait pas suivi. Sur quelques mètres, je pensais être seule mais il m'a attrapé par le cou et le bras, il m'a tirée jusque dans le fossé et il m'a cognée en me traitant de sorcière. Il hurlait qu'il était impuissant que c'était ma faute. Ma faute à moi saleté de sorcière. Je l'avais envoûté, moi, la connasse, adoratrice de Satan. Il ne pouvait plus bander et j'allais crever.
J'ai cru que j'allais mourir mais il m'a laissée tranquille. Je pouvais encore marcher mais j'ai préféré ne pas bouger, attendre qu'il soit suffisamment loin, appeler Hadrien qu'il vienne me chercher.
On a été à l'hôpital. On m'a soignée. J'ai porté plainte. Maman était calme. Elle disait que j'étais vivante et que j'irai mieux, que c'était le plus important. Papa pleurait de rage. Il hurlait aux policiers qu'il fallait le coincer. Qu'il fallait le foutre en taule. Alexandre me regardait l'air grave. Il a chopé Hadrien et ils se sont disputés. Je crois qu'il reprochait à Hadrien de ne lui avoir rien dit. Papa hurlait et mes frères se disputaient. Maman était sereine. Sa fille venait de se faire tabasser dans un fossé mais elle disait que tout irait bien. J'avais une envie de vengeance. Les flics ont dit qu'ils avaient envoyé une patrouille pour l'interpeler.
Les flics ne l'ont pas trouvé. Les flics ne l'ont jamais retrouvé. D'abord parce que ce fils de pute savait bien qu'il allait les avoir au cul. Il s'était planqué. Ensuite parce que mes frères, partis se disputer, ne sont revenus à mon chevet que quelques heures plus tard en m'annonçant que j'étais libre. Enfin parce que la chaux, ça attaque bien et que les porcs de l'élevage à la sortie du village où ce connard habite ont eu à bouffer. J'avais entendu dire qu'ils aimaient les os. Bah j'peux vous dire que c'est vrai.