mardi 27 mai 2008

Le réveil du Doyen

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"Salut ma grande. Alors, surprise ?"
"Ne hurle pas où je te tranche la gorge. N'essaie pas de te débattre non plus. Tu me connais depuis suffisamment longtemps pour savoir de quoi je suis capable."
"T'es pas content de revoir ton grand frère ?
"

Sans rire, à quoi elle pensait ? Qu'est-ce qu'elle croyait ? Que j'allais la laisser s'enfuir comme ça ? Ca me fait vraiment rire. Elle est vraiment très drôle cette idée. La laisser s'en aller sans rien faire.
J'ai mis le temps mais je l'ai retrouvé. Cette connasse. Elle pensait naïvement pouvoir m'échapper en changeant de nom, en se taillant une petite vie normale ? Sans rire. On a grandi ensemble ! Elle me connaît putain ! Elle sait comment je suis.
D'ailleurs, elle a rien pu dire. Elle était tellement stupéfaite de me voir. Déjà de me voir en vie. Quelle conne... Comme si Hadrien pouvait me liquider. Putain, c'est vraiment tordu comme idée. Bousiller sa propre gueule. Enfin bon, elle peut pas comprendre. Mais sa tête quand je lui suis tombé dessus. C'était jouissif. J'en ris encore.

"Tu dis rien. On t'a coupé la langue ? Allez Sarah, dis moi au moins "bonjour". Ca fait déjà deux ans qu'on ne s'est pas vu ! T'as du en faire du chemin. Tu vas pas me raconter ?
On a trucider de l'inutile ces derniers temps ? T'as pas un incapable ou deux à éviscérer ? En souvenir du bon vieux temps ? ... Merde, fais pas cette gueule."

Pour ma petite soeur, j'étais tombé dans un piège. Et probablement que j'avais du me faire torturer par mon frère. Mais Hadrien n'est pas fou. Enfin, il a presque retrouvé la raison mais il n'est pas fou. Il ne l'a jamais été. Il était juste dans une passage. Se faire voler sa copine pour des jeux qu'on pratiquait nous-même, forcément c'était dur. Et même s'il a eu sa grosse période de parano, il s'est repris. Il savait bien qu'on ne pouvait pas avoir fait ça.
C'est sûr que quand Sarah a foutu le camp en foutant son merdier, ça lui est resté un peu en travers de la gorge. Ca n'aidait pas à la blanchir totalement. "Peut-être qu'elle avait peur d'être remplacée" avait-il supposé. Je savais bien qu'elle était pas comme ça. C'est notre soeur, notre camarade de jeu, notre coéquipière. C'était surtout une élève douée.

"Il faudrait que tu vois Hadrien. Il est un peu en colère contre toi. Je vais te ramener là-bas, tu vas prendre le temps, lui expliquer clairement ce qui t'a traversé l'esprit... Et ouais ma grande, Hadrien est encore des nôtres. Il lâchera pas sa vie aussi facilement que ça ! Surtout pas pour une femme."

Quand j'ai prononcé son nom, j'aurai presque cru sentir qu'elle avait plus peur de lui que de moi. Avec le recul, je ne sais pas trop comment je dois le prendre. Je pensais être le plus cruel des trois.
Je l'ai prise par le bras, on a été chez elle prendre des affaires. Elle a laissé un mot pour son cher et tendre. On est parti.

Sauf que lui, il était déjà là-bas.

lundi 26 mai 2008

Le Hurleur

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- J'aime découper de la viande -


C'est à peu près la seule chose qui puisse me calmer dans ces cas-là. Quand j'entends cet enfant hurler encore et encore, pour rien. Juste pour exister. Quand je sens le sol vibrer, que mon coeur sursaute lorsqu'une porte claque, j'aimerai l'avoir en face de moi.
Lorsqu'il crie ses caprices et qu'encore et encore il salisse violemment le nom de ses parents, j'aimerai faire couler l'eau et le noyer tendrement en le regardant tout doucement s'en aller.

Jour après jour, semaine après semaine... Mois après mois et bientôt tout au long de cette fichue année, j'entends sa voix, sa présence, sa désobéissance, son arrogance... J'aimerai descendre ces quelques marches et les lui faire oublier.

Je découpe quelques cadavres d'animaux avec mes nouveaux couteaux. Je coupe car j'entends. J'affûte car je vibre. Plus les secousses sont intenses plus l'envie est grande.

Les parents viennent de s'absenter. Ils viennent de fuir. L'enfant n'a pas dix ans. Il est seul dans le grand appartement du dessous. Il hurle parce qu'il a lassé ses parents. Ils sont partis en voiture, loin, pour se calmer. Le père était à deux doigts de lui fracasser sa main dans la tête mais il est parti. La mère voulait se faire couler un bain et a eu de vilaines pensées alors elle l'a accompagné. L'enfant hurle de plus en plus fort. Il passe sa colère, son sentiment de trahison et d'abandon sur les portes, les murs, la vaisselle à portée de main, il a cassé tous ses jouets.
Les parents ont tenté de rentrer déjà deux fois mais l'enfant n'était toujours pas épuisé.
Un voisin est allé voir mais l'enfant l'a insulté, mordu et lui a cassé un vase dans le dos. Il est parti lui aussi.
L'enfant continue de hurler, de crier des insultes, de jurer vengeance. L'enfant n'aura pas dix ans. Pas s'il continue.

Je ne sais pas si j'étais réellement consciente, si c'était un moment de folie passagère ou si ma nature profonde s'est révélée pendant cet après-midi là mais la jouissance était là. J'ai aimé changer de matière. J'ai aimé enfoncer ces lames si belles dans cette peau, dans ces muscles. Ces couteaux sont absolument exceptionnels. On taille vraiment de belles pièces avec. Et elles se lavent si facilement.
J'ai détesté pendant si longtemps l'entendre hurler mais l'entendre hurler sous la douleur lorsque je lui arrachais les joues à mains nues, c'était si bon. C'était comme si, puisqu'il avait une raison, ma raison, il avait alors toute mon attention. Je l'ai entendu hurler avec plaisir quand je lui ai coupé les oreilles et que j'ai arraché sa langue. Il a cessé de hurler. Je ne pensais pas qu'il resterait éveillé si longtemps. Il était vraiment résistant à la douleur ce mioche.


Manque de bol, ce sont les parents qui crient maintenant...

dimanche 11 mai 2008

Le cadavre sort du placard

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Comment j'ai brisé sa vie.


Je lui avais parlé grâce à notre passion commune : la photographie. Je prenais des photos de portraits principalement et lui, les retouchait. On ne s'était rencontré qu'une fois et brievement. Il m'avait pourtant laissé le souvenir intact d'un don juan qui n'a pas froid aux yeux. Il m'avait abordé en me demandant si je voulais l'embrasser. Tout simplement et sous le regard un peu perplexe de mon compagnon de l'époque, qui était un très bon ami à lui. C'est comme ça qu'il engage la conversation avec les femmes.

Il voulait son baiser. Je voulais en savoir plus. On s'est reparlé. Il m'a montré les photos qu'il avait remaniées et je lui envoyais quelques uns de mes projets. On travaillait en symbiose à distance. On échangeait de la musique, des opinions, des détails sur nos mondes réels et nos mondes imaginaires.
On s'est aimé dans un lit, dans la cuisine, sur la table du salon, dans les bois, dans une salle de cinéma, sur le bord d'une autoroute, d'un wagon de train vide. Seulement dans ces moments-là. En dehors, malgré nos projets, on savait l'un comme l'autre qu'on pouvait se haïr. J'étais une menace potentielle. Je savais certaines choses qu'il cachait depuis des années.

C'est le jour où il a été trop loin que je l'ai trahis. Il fallait que je l'arrête, que je l'empêche de faire du mal à mes proches. C'est beaucoup moins drôle de savoir qu'il joue au docteur quand on sait qu'il le fait sur des gens qu'on apprécie.

On était chez lui. Il avait amené une fille qui était proche de son cercle d'ami. Il me l'avait présenté pendant un de mes séjours chez lui. Et cette nuit, elle était toute seule chez lui. Elle était enfermée dans la chambre d'à côté.
Il est venu m'embrasser, me souhaiter bonne nuit et il est allé la rejoindre. J'ai tout entendu. Je n'ai jamais revu la fille. Et lui non plus après cette nuit-là.

Quand j'ai compris ce qu'il lui avait fait, comme aux autres, qu'il avait touché à quelqu'un de son cercle. Rien ne pouvait l'arrêter. Il se fichait de nous. J'ai contacté ses amis et on s'est arrangé pour que plus jamais il ne nous revoit. On l'a bannit.
On l'a privé de sa maison, des ses parents, de sa soeur, de toutes ses relations sociales et on l'a exilé.


C'est toujours différent quand c'est quelqu'un qu'on connaît. On est tout de suite plus touché. C'est horrible de finir sa vie de cette manière...


Comment il est réapparu...

Nous avons tous refait notre vie depuis. Je me suis séparé de mon compagnon de l'époque. J'ai déménagé à 850 kilomètres de chez moi. J'ai un nouvel ami. Un nouvel appartement. Une nouvelle bande d'amis. Je ne pensais plus à lui. Tout était derrière moi. J'avais tourné la page.
Et hier, il était là. A trois mètres de chez moi. Je sortais pour aller rejoindre des amis, je ne l'avais pas vu tout de suite mais il me suivait. J'ai emprunté une rue étroite et c'est là qu'il m'a rattrapé. Il m'a saisi à la gorge, il serrait de plus en plus fort en me regardant sans un mot.
Je me suis mise à pleurer. Je revoyais un cadavre que j'avais enfermé dans un placard et que j'avais oublié. Je pleurais de peur en le fixant. Je ne pouvais pas croire que c'était lui. Ca ne pouvait pas être lui. C'était impossible. Pas lui.
Il a lâché mon cou mais m'a pris par les bras. Il m'a serré très fort contre le mur et m'a dit que ce n'était que le début. Il m'a frappé, je suis tombée, il s'est enfui.

J'ai continué à pleurer, dans la rue, les jambes tremblantes, à demander "comment ?".

mercredi 23 janvier 2008

Rejet

Ce soir, je me dis que si j'avais de la drogue chez moi, si j'avais l'habitude d'en consommer, si ça me faisait de l'effet, je prendrai tout.

Ce soir, je me dis que si un jour, j'ai cessé d'exister, c'est quand nos chemins ont divergés.

Ce soir, je me rends compte que je me mens.

Il y a des journées qui sont le résultat de mois d'efforts à se construire ou à se reconstruire et par un flash, une illumination, on sait qu'on a tort depuis le début. Qu'on s'est planté. Il n'est pas trop tard quand on a le souffle en bouche. Mais où chercher la réponse à l'énigme qu'on croyait avoir résolue ?



La vie normale. Le travail, le bureau qui ouvre chaque jour à la même heure. Le café du matin. Le collègue qui arrive en parlant des résultats de foot et on s'en fiche. On est concentré sur son travail. On pense à ce type qui n'est "qu'un crétin". On regarde l'heure. Bientôt l'heure de manger. Toujours même endroit, même personne. Regarder les actualités. Se remettre au travail. Se réjouir car bientôt l'heure de rentrer. Arriver chez soi. Partager quelques sourires avec l'inconnu. Manger encore. Dormir après avoir régler le réveil pour demain.


La vie normale. Mais pas seulement. Le mouton s'endort dans son train. Bercé par le rythme ininterrompu de la vie normale, il y est confortablement installé et n'aime pas bouger. Même pas le bout de son oreille.

On a tous des passions qui nous sont propres. Et souvent, on s'entoure de gens qui comprennent nos passions ou nos motivations.
Parfois, on se rend compte qu'on s'est entouré de la mauvaise personne. Moi, c'était ce jour-là.


Elle avait faim. Elle se sentait faiblir. Il fallait avancer l'heure du repas de midi. Elle se levait, allait chercher de l'argent au distributeur de billet le plus proche. Immanquablement, il était hors service. Elle repassait devant la boutique de sandwiches, s'en payait un, à défaut d'un vrai repas. Elle retournait au bureau. Elle descendait vers la cuisine commune, pour manger avec les autres. Une fois les discussions d'usages finies, elle remontait, lisait les actualités, apprenait qu'un de ses artistes de coeur venait de mourir. Elle avait un pincement au coeur qui n'allait pas s'en aller de la journée.

Elle essayait de ne pas y penser mais revenait régulièrement sur la page qui annonçait le début d'une grande réflexion. Elle espérait voir venir rapidement l'heure de s'en aller pour respirer mieux et tenter de comprendre. Elle essayait de joindre un ami à elle. Un très proche ami. Une petite manifestation de soutien. Il savait en l'apprenant de son côté, que ça allait la toucher. En rentrant, elle ne trouvait personne. Elle était seule avec son coeur plein de piqures. Elle allait pouvoir réfléchir. Penser à l'identité de celui qui vit avec elle. Celui qui ne comprend pas. Celui qui ne se doute pas. Celui qui lui est pourtant si proche d'elle et pourtant si éloigné. Est-ce réellement lui dont elle a besoin pour s'épanouir ? Alors elle repart à réfléchir. Seule dans son lit, le coussin propre déjà couvert de larmes noircies par le mascara qu'elle a mis ce matin.
Pourquoi ne comprend-il pas ? Pourquoi cet homme au témoignage si véridique n'est-il pas là, dans ce lit, à l'étreindre de toutes ses forces pour la consoler sans un mot. Sans "chut", sans "j'aime pas te voir comme ça", sans "ça va aller".
On s'en fiche si ça va aller ou pas. On s'en fiche que tu n'aimes pas nous voir comme ça. Ca nous agace encore plus d'entendre des "chut" pour nous calmer. Prends moi dans tes bras, sers moi fort, ne dis rien, reste juste là. Pourquoi en faire trop ? Pourquoi toujours chercher à fuir ces émotions en tentant de faire rire l'autre ?

Non.


Il n'est pas lui. Pas l'autre. Nous nous en rendons compte. Nous le savons. Nous nous remettons en question. Nous et les choix que nous avons faits. Ceux qui nous ont mené ici. Allons nous échanger la stabilité pour retourner dans une vie tourmentée ?

Oubliée, oublie moi

Je les veux tous. Ils ne sont pas spéciaux. Ils ont juste le minimum de charme requis. Celui-ci a les cheveux en bataille, une belle gueule et la clope lui va bien. Celui-ci me regarde avec insistance depuis plus d'une heure et n'a pas le courage de venir me payer un verre. Celui qui est adossé au mur discute avec une fille mais n'arrête pas de me sourire. Un autre me frôle en faisant des vas et vient au bar. Je commence à me dire que s'il veut clairement me mettre la main au cul, il n'a qu à y aller... Que s'il ne le fait pas, moi, je vais lui empoigner les couilles fermement histoire qu'il comprenne que celui qui sème, récolte parfois quelque chose. Le grand brun au fond me demande de venir. Je ne sais pas quoi décider même si j'ai l'impression que de toutes façons, j'ai le choix et que même malgré un choix, je peux toujours revenir en arrière.

On joue le rôle qu'on nous donne. Hier, j'étais misérable, abandonnée, sans connaissance, sans amis, sans famille et ce soir, je suis l'impératrice de leurs fantasmes.

Retour à la réalité. Ce soir, je suis fatiguée. J'ai envie de dormir. Mon canapé m'appelle. Un film me tient compagnie et voilà que le cirque commence. Hier, j'ai donné mon numéro de téléphone et "qu'est-ce que tu fais ce soir ?". Maintenant, soit j'assure et je sors. Au risque de rentrer dans quelques jours complètement défoncée par la fatigue, les évènements et le reste. Soit je reste à l'abri dans ma couette, sur mon canapé devant ma télé pour la soirée, au risque que plus personne ne m'appelle avant le prochain plan de soirée. Parce que c'est ça le truc. Trouver un filon et surtout l'exploiter pour toujours obtenir de l'or. Si tu laisses ton filon sur le côté, il t'oublie et t'oublies.

Tiens, à force de glander, je fous rien. J'ai plus trop de thunes. Je me demande bien quoi foutre. Trouver un taff pour remplir le frigo, trouver des morceaux de tissu afin de sortir en tenue "potable".

Le nouveau centre de sociabilisation. Après l'école, le collège, le lycée, la fac, les fêtes, les concerts, internet... le travail. Comment passer 38h par semaine (minimum) à côté de quelqu'un sans lui adresser la parole. On sait tout d'eux maintenant. Ce sont des collègues avec-qui-on-sortirait-bien-un-soir.

Les fêtes, la tribu, ça a du bon. C'est bon. Décision prise : ce soir, je sors. On ne vit qu'une fois. Appel vers P. parce qu'il sait toujours où on peut passer un bon moment avec des gens sympas et de la bonne musique. Ce soir, on sort tous ensemble. Concerts, danses, soirées,...
Voilà que le cirque recommence... Soirée d'extase et demain, on remet ça... Avec ou sans moi.

Petite virée au café du coin. Le barman sait déjà ce qu'il me sert avant même que je lui ai dit bonjour. J'ai ma table, dans le coin au fond. De là, on voit tout. De là, on n'attire que les regards des gens qui cherchent d'autres gens. Y'a ce mec. Il est accoudé au bar. Sa grosse est debout à côté et fait mine de vouloir rentrer. Elle n'est pas ravie d'être là et lui refuse de bouger. Finalement, elle s'arrache en le traitant d'on ne sait quoi. Y'a la jeune femme qui commence à afficher des rondeurs de future mère. Elle est seule. Ses amies ne sont pas encore là. Elle veut de l'attention, parle au serveur qui, pourtant, s'échappe pour prendre une autre commande, tente d'arracher un sourire à l'étudiante dépressive de la table d'à côté. Y'a J., l'étudiant de science-Po qui vient d'apprendre la mort de son pote de primaire. Ca fait longtemps qu'il ne l'a pas vu mais ça le retourne. Il parle tout seul. En venant ici, il espère trouver une épaule pour pleurer et peut-être une aventure pour penser à autre chose. Il y a également trois bandes d'habitués. Ils ne se connaissent pas et pourtant se côtoient tous les jeudis, vendredis et samedis soirs. Tellement absorbés par leur amitié, ils en oublient le reste du monde. Sauf quand l'un d'entre eux s'est fait plaquer ou qu'une des leurs s'ennuie dans le lit conjugal. Là, les regards sortent du cercle à la recherche d'un extra. Généralement, c'est moi.

lundi 7 janvier 2008

L'Ouragan après la sécheresse...

J'avais trouvé un appartement, un boulot, des "amis". J'avais même réussi à garder une relation stable avec un homme. J'avais réussi dans la normalité et je vivais ma vie loin des cris, des massacres, de la peur d'une vengeance fraternelle.

Ca a été dur. Il a fallu refouler beaucoup d'émotions, beaucoup d'automatismes. Mon instinct endormi, j'avais réussi à faire illusion et à paraître la sage brebis que l'on ne soupçonne même pas.


"J'ai enfin trouvé de quoi m'occuper l'esprit. Un job pas chiant, dans l'administratif. Il faut pas mal s'impliquer pour arriver à tout faire mais c'est tranquille dans le sens où ça m'occupe l'esprit plus de 9 heures par jour et où je peux rentrer le soir chez moi sans ramener le travail avec moi.
La société vient de devenir une Société Anonyme. On est à peine dix au bureau et la dernière fois, j'ai vu passer plus de dix mille dollars sur mon bureau. Je n'avais jamais vu de vrais billets dollers US en vrai."

"Ca commence à devenir une ambiance de potes au bureau. On s'entend tous bien. C'est très étrange d'être sociable avec de la sincérité. Ma collègue a une réputation de vrai dragon grognant à la première merde. D'après ce qui se raconte, elle est vraiment insupportable. J'espère pour moi qu'elle va rester calme et sympa. J'espère aussi pour elle.

"C'était extra ! Aujourd'hui, on a été au bowling tous ensemble. C'est l'anniversaire d'un gars du taff. Le plus sympa d'ailleurs. C'était génial. On s'est vraiment très bien amusé."


"Ca fait plusieurs semaines de suite que tous les matins, on descend toutes les trois pour discuter avant de se mettre à bosser. Le dragon, Kate et moi. C'est étrange cette complicité qui vient se former entre trois femmes..."

"Cela fait trois jours que le dragon s'est réveillé. Elle jure, elle hurle, elle rage comme les fous à la télévision. Elle est hystérique. J'ai déjà vu des hommes devenir à ce point fou sous le coup d'une rage qu'ils en viennent à tuer quelqu'un pour revenir à la raison. Je tente désespérément de garder mon calme. J'ai bien peur de ne pas pouvoir me contrôler très longtemps si elle continue de passer ses nerfs sur moi. Je rêve de lui faire subir des choses atroces, des nouvelles tortures auxquelles j'avais pensé avant de tout quitter la dernière fois. Juste pour lui redonner du calme..."

"Une semaine et demie. Je suis sur le point de craquer. Je rêve de la voir pendue au bout
d'une corde, la tête en bas. De lui lacérer le palais, lui arracher les dents, lui planter ses si précieux stylos à billes bleus dans le bout des doigts. De lui couper la langue et lui briser tous les doigts. Lui arracher les oreilles,... Tellement de projets me traversent l'esprit que je me réjouis presque du fait qu'elle devienne incontrôlable."


Je n'ai pas réussi à tenir. L'envie est devenue trop forte. Une telle provocation, une telle invitation au duel et je n'aurai pas répondu ? Jamais. J'aime jouer. Et après une période de sagesse, je crois que mes désirs sont plus violents que jamais. Elle continue de souffrir encore et encore... Maintenue en vie, c'est mon nouveau jouet. Je lui ai donné une bonne raison de hurler.

vendredi 2 novembre 2007

Colère et Impatience

Quelle tête elle a maintenant. J'en ris tellement fort que je crois que ça la déconcentre complètement sur ce que je suis en train de lui faire.


Je l'ai étudié. A son travail. A son club de gym. A la sortie de l'école de ses enfants. Au restaurant avec son "amor". A son travail, hurlant sur ses collègues. Dans son magasin de fringues préféré avec sa copine vendeuse. A la sortie de l'église, remerciant tellement le père André qu'on se demande s'il ne vient pas de sauver une dizaine d'enfants du cancer par simple imposition des mains.
Elle renifle avec son nez de fouine. Cherche les occasions. Complote de la même manière qu'elle le faisait avec ses camarades de classe lorsqu'elle avait 10 ans. "Moi je l'aime pas, faut la faire punir par la maîtresse". Et des caprices à 45 ans. " Ca fait trois mois que je travaille ici, je veux une augmentation !". Et des yeux doux de biches comme à 25 ans. "Vous ne voulez pas m'aider à me tenir les fesses pendant que je me muscle le dos, monsieur l'entraîneur ?". S'insurge comme une victime lorsque "c'est cette femme derrière moi qui a mis ce bracelet en or massif serti de diamants dans mon sac !!! Je vous le jure monsieur de vigile !"

Sauf qu'à trop pousser les autres, ils avaient décidé de ne plus se laisser faire. Alors les portes se fermaient aussi vite que ses charmes n'étaient plus efficaces, que les rides se marquaient, que les seins rejoignaient Monsieur Nombril. Et elle devenait mauvaise.

L'idée ne lui avait même pas traversé l'esprit. Même après qu'elle ait poussé violemment la jeune femme portant son bébé dans les bras parce qu'elle ne descendait pas assez vite du bus. L'enfant et la mère à terre, les deux visages dans des morceaux de verre brisé et cette vieille femme réprimandant encore la mère et l'enfant qui hurlaient trop fort de douleur.

Le diagnostique des médecins pour les deux victimes ? Qu'est-ce qu'elle en avait à foutre de toutes façons ! Depuis quand les jeunes prennent le bus ? Son bus ! Et avec un enfant, il est de bon ton de claquer encore de l'argent dans une voiture. Le bus, c'est pour les gens qui n'ont pas les moyens, comme elle, la pauvre, qui gagne juste assez pour se payer un palace, une piscine et peut-être un cabriolet pour se féliciter d'avoir perdu un autre kilo.

C'est sur que là, pour le coup, elle pourra s'en acheter plusieurs des cabriolets. Mais personnellement, je ne sais pas comment elle va faire pour les conduire. Elle ressemblait un peu à un rat avant. Je ne sais pas à quoi ça ressemble maintenant. Je n'ai pas assez de recul par rapport à ce que je viens de faire. Je me demande juste si je continue, si je la laisse comme ça, si je l'achève... Je vais juste regarder si elle n'a pas sa barre chocolatée préférée dans son sac et après l'avoir mangé, je prendrais une décision.

Ce soir

Son manteau. C'est son manteau, j'en suis sure. C'est pas vrai. Il est venu ici. Il l'a laissé rentrer chez nous malgré la conversation de la dernière fois. Il a pénétré notre intimité et bien sûr comme toujours, ça ne fait rien à cet homme en qui j'avais placé toute ma confiance.

C'est son manteau. Il a sûrement été dans la chambre, été jusque dans la salle de bain où nos sous-vêtements traînent. Je n'arrive pas à croire qu'il a fait ça. Je lui avais dit qu'après tout ce qui s'était passé, j'avais besoin de temps. De temps pour me remettre et il fait revenir ce déséquilibré chez nous. Dans notre maison. A croire qu'il gagnera toujours. Il reviendra toujours. Ce ne sera jamais chez nous. On n'aura jamais la paix. Que faut-il que je fasse ? Que je parte en douce ? Que je les abandonne tous les deux puisqu'ils s'entendent si bien ?

C'est son manteau chez nous. J'hallucine trente secondes. Le temps de saisir cette chose et de réaliser, d'imaginer la journée d'aujourd'hui entre ces murs. De me rendre compte de la trahison que ça signifie. De la confiance qui s'évapore par chaque parcelle de peau qui me couvre. J'imagine son rire gras dans la cuisine, son étonnement sur la vue qu'on a au balcon. Je vomis ses réflexions stupides, le manque de consistance de son avis, l'inutilité de ses propos. Mais surtout je me rends malade en pensant qu'il a inspecté ma bulle, qu'ils sait "comment c'est chez moi", qu'il sait où je vis, qu'il sait à quoi ressemble ma chambre, qu'il a bu dans un des verres que je porterai probablement à mes lèvres, qu'il a envié des objets que j'ai acheté avec mon amant. Je voudrais, à cette seconde, le pousser du balcon, le noyer dans la baignoire, lui faire manger la merde que je chie tous les matins.

C'est son manteau chez moi. Après le harcèlement, l'omniprésence de son regard, sa perpétuelle demande d'attention, ses pleurs quand je ne lui adressais aucun regard à trois heures du matin, moment préféré de mon organisme pour faire pipi. Et là, il revient. Il va tout tenter pour avoir droit de visite, droit d'entrer, droit de s'incruster, droit de décider, de séjourner et de me demander des comptes.

Je ne dis rien. Je repose le manteau. Je doute mais je réfléchis. Ce n'est probablement pas le sien. Je deviens juste folle et parano. Comme lui. Il a ce qu'il veut ce taré congénital. Je vais le pousser à ne plus revenir, à comprendre que la prochaine fois qu'il pose la main sur notre porte d'entrée, ce sera la dernière parce que je la lui couperai avec mon nouveau hachoir de cuisine. Que je testerai les recettes de cuisine de Monseigneur Lecter. Que ses "amis" ne se forceront plus à le supporter tous les soirs jusqu'à l'aube.

Je ne dis rien. Il y a probablement une raison. C'est peut-être un oubli de la part de mon compagnon. Oublier de me dire que la personne que je hais le plus au monde est passé à la maison. Oui, probablement. C'était juste pour que je ne m'emballe pas. Il ne me l'a pas dit parce qu'il savait que j'allais être furieuse. Et il avait raison. Parce que je suis furieuse. L'autre crétin gagnera toujours. Faible comme une larve, il rampera comme un chien pour avoir un semblant de reconnaissance auprès des personnes qui l'estime le moins.

L'estime. Oui, c'est ça qui manque. C'est ça qui fait qu'on peut réellement supporter quelqu'un. Comme John qui s'est comporté comme un salaud mais qui avait de la consistance. Son intelligence lui a permis de s'en sortir avant que je comprenne tout et j'admets à posteriori qu'il a bien joué. Ce fils de pute mérite un peu d'estime pour l'atrocité de son geste et la minutieuse préparation de son jeu. De l'estime, j'en ai pour les gens qui s'en sortent malgré tout, pour les assassins qui avaient préparé quelque chose. Bien sûr, un crime commis sur un coup de tête ne révèle qu'une basse pulsion humaine. Ainsi, je ne vois pas où est le beau de l'acte. Mais la préparation. La mise en place. La mise à mort. Le côté théâtral... Mon dieu mais cette chose n'a rien. Rien pour plaire. Rien d'extraordinaire. Il est d'une telle banalité, d'une telle platitude que c'en est vexant.

On va faire un petit tour de magie, ça règlera le problème.

dimanche 14 octobre 2007

J'ai fui

J'ai fui. Je suis à l'étranger. J'ai un vrai travail. Je me comporte correctement. J'apprends à être calme, j'apprends à gérer ma colère. J'apprends à vivre avec des êtres humains insupportables sans avoir envie de leur arracher le foie pour m'amuser. J'apprends à être seule, vraiment. J'apprends à gérer ma nouvelle vie. J'apprends à être une autre.

J'ai quand même peur. J'ai peur que mon âme s'en aille. Le calme, l'absence de cris, de douleurs, c'est reposant mais également, la jouissance d'autrefois s'est évaporée. Est-ce que je suis toujours la même ? Est-ce que le prix à payer pour rester en vie n'est-il pas trop élevé ?

Faire disparaitre son ancienne vie et apprendre à naître de nouveau sans aucune folie, sans aucun danger, sans rien d'exceptionnel lorsqu'on a connu le grandiose. Je suis en vie mais parfois je me sens tout de même morte à l'intérieur. J'ai peur des attaches. Le bonheur a remplacé l'excitation. Le calme a remplacé les magnifiques corps mutilés. Parfois, j'aimerai tomber sur un crétin pure et innocent, complètement débile pour pouvoir m'acharner sur lui.

vendredi 2 février 2007

Une nuit d'ennui

Je posais ma main sur mon cou. Sur le côté. Je sentais le sang circuler, mon pouls battre. Je sentais comme un potentiel d'art si j'arrivais à trouver la force de me trancher la gorge. Mais le hic, c'est que j'aimerai rester entière. Sans faille, sans blessure. Ca me fait penser à un morceau de cadavre frais qui, à peine arracher à son propriétaire, se transporte, se love, se déploie dans ma gorge. Ca me donne faim de voir tout ce sang par terre. Je crois même que ça m'excite
Lorsque je le vois, je sens l'animal m'envahir. J'aimerai avoir les dents assez aiguisées pour les lui planter dans la chair. J'aimerai le regarder mourir en buvant son sang. J'aimerai sentir son sang exister à travers moi.
J'en ai barbouiller partout sur mon mur. Partout sur le miroir. Ca donne une belle ambiance je trouve. Tout rouge et jaunâtre. On se croirait dans ces scènes macabres et glauques de films soit-disant intellos qui se révèlent seulement être des films à gros budgets pour des moutons qui se prétendent cinéphiles avertis. C'est beau la naïveté dans le coeur de celui qui croit. On en mangerait. Enfin moi réellement.
Je me rappelle hier soir, lorsque je marchais dans les rues, me couvrant le visage avec mes cheveux, je ne voulais pas qu'ils me voient. A travers mon regard, la traduction de leurs lignes dans ma tête, j'avais envie d'eux. Il y avait ce jeune homme qui attendait sa promise, laide qui plus est, mais sa promise quand même. J'aime beaucoup son visage et ses vêtement qui flottent avec le vent. Surtout son manteau. Son long manteau. J'en veux un comme ça. Comme cette peau si claire et si parfaitement nettoyée et mise en valeur. C'est vrai qu'on en mangerait.
Cette place est si grande et si ouverte qu'on peut voir absolument tout le monde. On peut espionner tout le monde. C'est ça le plus excitant, espionner et l'être également. On se croirait dans une maison d'échangisme. Tenter de croiser le regard de celle en qui on enfoncera son humeur. Sur cette place, c'est pareil. Tout le monde se regarde sans se voir et s'envie. Mais tous attendent quelqu'un. Mais s'il ne vient pas... S'il ne vient pas, il reste le grand méchant loup.
Le jeune homme l'attend, encore et encore et il s'énerve. Il s'en veut d'avoir tant espérer. C'est beau la trahison. La trahison se paie, mon ami. Souvent plus cher que le prix que tu as misé pour l'accomplir. Et le résultat, c'est la vengeance aveugle et puérile. La vengeance cruelle et brute.
Son regard, je l'ai capté. Il sera mien ce soir. Il suffisait de quelques secondes et j'avais déjà sa main dans la mienne, le guidant vers une ruelle menant à un appartement vide dont j'avais subtilisé la clef.
Son parfum dans l'air, ma main sur son torse, nos regards l'un dans l'autre. Et la musique qui venait du quatrième étage. Une violoniste qui jouait sur la musique de sa chaîne Hi-Fi. J'ai enfoncé ma douleur dans sa gorge. Mes doigts sur son cou, se baladant dans ses cheveux. L'excitation ne m'aidait pas à tenir debout, bien au contraire. Il m'a fait basculer par terre. Il m'a demandé mon prénom. Quelle naïveté, lui dis-je, crois-tu réellement que tu aies besoin de savoir qui je suis pour que je t'emmène au septième ciel ? Le principe de ne pas se donner à un inconnu. Ta main dans la mienne, chéri, tu étais déjà fini.
Hier soir, sur le sol, des preuves, nos ADN partout. Les tâches de rouge sur les tâches de blanc. J'emporte avec moi le cœur de l'abandonné. Ca lui apprendra à la promise de ne pas se pointer quand on le lui demande gentiment.
J'ai réellement bon goût, cette veste me va très bien. Comme taillée sur mesure, juste pour moi. Les vestiges matériels des ballades nocturnes rendent la vie bien plus jolie. La vie et moi bien sûr.